La consultation à 31 euros, chiche ?

Publié le 15 Janvier 2015

Paris, le mercredi 14 janvier 2015 – La grève des médecins généralistes qui est passée de la fermeture des cabinets au blocage administratif n’a pas seulement pour ambition de faire reculer le ministre de la Santé sur la généralisation du tiers payant et sur plusieurs autres points de sa loi de santé mais également d’obtenir une revalorisation du tarif des médecins généralistes. Jusqu’alors, la revendication visait à faire passer ce dernier de 23 à 25 euros, afin qu’il s’aligne sur celui des médecins spécialistes.

Face à cette doléance, Marisol Touraine alterne deux réponses. La première, affable, rappelle l’état difficile des finances françaises rendant complexe un tel projet. La seconde vécue plus certainement comme un affront de la part des syndicats médicaux mais qui n’est pas le premier du genre de la part du ministre s’appuie sur d’autres chiffres : aujourd’hui, avance le ministère de la Santé, la rémunération par consultation des médecins atteindrait 31,40 euros, car au tarif de base s’ajoutent différents forfaits et primes sur objectif. Le ministre souligne par ailleurs que ce montant correspond à une augmentation de 2,70 euros par rapport au niveau de la consultation avant son arrivée au gouvernement.

Le ministre dit 31,40 euros, l’UNOF-CSMF répond 18,50 !

Un tel calcul bien sûr ne laisse pas d’irriter les médecins. L’Union nationale des omnipraticiens français (UNOF) a décidé de répondre au ministre par la provocation. « Déjà, l’UNOF-CSMF observe de l’inflation dans les chiffres du Gouvernement. Après avoir annoncé en décembre que le véritable montant de la consultation était de 28 €, la Ministre a annoncé la semaine dernière que ce montant était de 31,40 €.L’UNOF-CSMF prend la Ministre au mot et demande que le montant de la consultation soit porté immédiatement à 31 € avec un abandon de tous les forfaits et de la rémunération sur objectif de santé publique (ROSP) » indique le syndicat de généralistes affilié à la CSMF dans un communiqué publié hier. L’UNOF remarque qu’une telle évolution, dont le coût sera neutre pour le gouvernement, permettra aux médecins d’être déchargés des frais de gestion associés à la ROSP et d’être libérés de nombreuses tâches administratives liées à la mise en place de ces forfaits.

Au-delà de cette rémunération, l’UNOF oppose aux calculs du ministre ses propres données. Il relève qu’en limitant le financement de la formation médicale continue, le gouvernement a entraîné une dévalorisation d’environ un euro par consultation. A cette dépréciation s’ajoutera à partir de la généralisation du tiers payant l’impact financier de cette dernière évaluée à 3,50 euros, faisant passer le C à 18,50 euros… soit bien loin des 31,40 euros affichés par le gouvernement ! Il n’est cependant pas nécessaire de calculs aussi sophistiqués  pour constater que la France figure parmi les pays où les honoraires des médecins généralistes et spécialistes sont les plus bas d’Europe.

La ROSP ébranlée ?

Si cette nouvelle revendication a été appréciée par beaucoup comme une provocation et si sa présentation par l’UNOF-CSMF ne permet pas réellement de nuancer cette perception, elle pose cependant une nouvelle fois la question de la légitimité de la ROSP. Si tous les syndicats majoritaires étaient lors de sa mise en place en accord avec ce système, aujourd’hui les dissensions sont plus marquées. MG France continue à défendre que la ROSP et les différents forfaits « servent à nous rémunérer pour des tâches réalisées quand nous ne voyons pas le patient, sauf si nous nous mettons à travailler encore plus » explique le patron de l’organisation cité par Pourquoi Docteur. En réalité, un grand nombre des objectifs de la ROSP concernent des niveaux de prescription, de prise en charge ou des taux de participation à des programmes de dépistage : autant d’éléments qui sont loin d’être des tâches parallèles à la consultation. En outre, une telle défense élude le fait qu’en  dépit de l’inclusion de 97,2 % des médecins dans un système auquel il n’était possible de déroger qu’en signifiant expressément son hostilité (et alors que la publicité autour de cette formalité a été très succincte),  beaucoup se montrent très critiques sur certains objectifs précis et sur la philosophie qui sous tend la ROSP. Certains de nos lecteurs ayant indiqué dans leurs réactions qu'ils trouvaient anomal, voire injurieux,  d'être "récompensés" pour des activités, comme par exemple la vaccination, qui relèvent des attributions des médecins depuis plus de 100 ans. 

En tout cas aujourd’hui, au-delà de la provocation, il apparaît que l’UNOF-CSMF pourrait aller sacrifier la ROSP ! Ce nouveau mot d’ordre révèle en tout cas quel que soit sa sincérité qu’un des ressorts du conflit entre les médecins et le ministre est lié à l’absence (ressentie) d'écoute de Marisol Touraine. Elle pourra se consoler en constatant qu’une poignée de médecins, proches du parti socialiste, l’ont appelé à « tenir bon sur le tiers payant ».

Aurélie Haroche

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Source :

http://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/la_consultation_a_31_euros_chiche__149776/document_actu_pro.phtml

Rédigé par Entraide Fibromyalgie Ouest

Publié dans #médécins, #medicaments

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