Connaissez-vous les pouvoirs de l'hypnose?

Publié le 10 Mars 2017

Connaissez-vous les pouvoirs de l'hypnose?
Thérapie douce et efficace, l'hypnose a trouvé sa place dans les cabinets médicaux et les hôpitaux. Patients et soignants se confient sur cette méthode.

Oubliez d’emblée les "Dormez, je le veux!" ou les exercices de lévitation télévisés: l’hypnose thérapeutique dont nous parlons ici ne ressemble en rien aux spectaculaires démonstrations de foire. C’est même le contraire: beaucoup d’équipes médicales utilisent sans tapage cette thérapie douce dans de nombreux hôpitaux et en consultations de ville. Nous avons rencontré au fil de cette enquête des patients reconnaissants. Les uns lui doivent d’avoir réussi à se débarrasser d’une addiction, d’un traumatisme ou d’une douleur rebelle et de vivre désormais plus légers. Les autres ont pu bénéficier d’une intervention chirurgicale malgré une contre-indication aux produits anesthésiques. 

"C’est aussi une aide précieuse pour les soignants, du médecin à l’infirmière en passant par le brancardier. Car la technique induit du bien-être et aide à dépasser la peur par le simple choix de mots qui empêchent l’esprit de se crisper sur des pensées négatives. Très vite, les patients sont plus sereins, ils réclament moins de calmants, c’est gratifiant pour tout le monde", explique le DAurore Marcou, médecin anesthésiste à l’Institut Curie à Paris, qui forme peu à peu ses collègues, sur liste d’attente tant les candidats sont nombreux! Deux médecins et soixante soignants sont déjà opérationnels à ses côtés. Même engouement à la Pitié-Salpêtrière pour les formations proposées aux équipes des Hôpitaux de Paris par le DJean-Marc Benhaiem. 

L’efficacité 
de la technique justifie cet attrait, explique ce précurseur de l’hypnose en France: "L’état de conscience élargie, plus proche de la relaxation ou de la méditation que du sommeil, rend le cerveau inconscient très actif, capable d’aborder de nouvelles voies pour réparer le corps ou l’esprit." Psychiatres, psychologues, anesthésistes, dentistes en ville et à l’hôpital: ils sont plusieurs milliers en France à exercer et les patients, en particulier les seniors, ont tout à y gagner. "Notre Temps" s’est glissé dans leurs consultations feutrées pour découvrir l’hypnose d’aujourd’hui. Et nous en sommes revenus conquis. 

  •  Tabac, surpoids, arthrose et traumatismes

    - Dans le centre de soins Hypnosis, avec le Dr Jean-Marc Benhaim

    Mobiliser l’attention sur ce qui aide et fait du bien, ne plus se laisser engluer par des images négatives... Dans son bureau parisien, à deux pas du palais de la Découverte, le DJean-Marc Benhaiem explique, d’une voie posée: "L’hypnose est une bonne approche pour retrouver une souplesse de l’esprit et se réconcilier avec la réalité. Elle nous aide à lâcher nos peurs, nos phobies, les soucis contre lesquels nous ne pouvons rien, les références au passé qui nous empêchent d’avancer... Souvent, les gens refusent les années qui passent, le corps qui change. Au contraire, ils sont déraisonnablement exigeants envers eux-mêmes. À force de s’accrocher, ils accumulent kilos, tabac, alcool, souvenirs traumatiques, ordonnances à rallonge et ils sont malheureux. Nous pouvons les aider à retrouver de la légèreté." D’autant, pointe-t-il, que l’hypnose ne présente aucun des effets secondaires des médicaments sur la mémoire, l’équilibre, la santé en général, si fréquents avec l’âge. Le DBenhaiem est venu à l’hypnose il y a plus de trente ans. "J’ai découvert la force des suggestions et l’importance de l’imagination." Au point d’en faire un art de vivre basé sur la compréhension et l’apaisement des souffrances, comme il l’explique dans un livre joliment illustré, "Zen et hypnose"rédigé au terme d’un voyage qui l’a mené au Japon. Une médecine préventive en quelque sorte. Il assure ses consultations au centre de traitement de la douleur de l’Hôtel-Dieu, à Paris, et dans un centre de soins privé où, dans quelques minutes, une séance collective va démarrer. 

    Juste le temps de partager l’histoire de la femme qui sort de son cabinet: elle a perdu le sommeil et le moral, éclate souvent en pleurs, car sa mère, si combative et protectrice, est en soins palliatifs. "Nous avons cherché des images pour prendre un peu de recul avec les émotions: les choses qui touchent trop déforment la réalité. La patiente a mis au jour deux personnes en elle, d’une part l’enfant qui pleure, de l’autre l’adulte qui accepte la mort, partie intégrante de la vie, et réussit à faire face. Elle est repartie en disant ressentir une grande légèreté. En mettant le doigt sur ce qui est crucial, une séance peut suffire", précise le DBenhaiem. 

    Dans la pièce voisine, sous un plafond dont le centre représente un joli ciel presque sans nuages, je m’installe avec Amel et JocelyneCatherine et Agnès. Elles viennent toutes les quatre avec l’objectif de parvenir à mieux gérer leur rapport à la nourriture. Elles mangent trop, ou trop sucré, ou n’importe quand, ont pris des kilos qu’elles ne supportent plus. Un grand calme envahit la pièce. Le DBenhaiem, d’une voix claire et tranquille, propose différentes scènes autour d’aliments alléchants. Il évoque ensuite un banquet offrant d’un côté des fruits et légumes frais et colorés, de l’autre des pièges à calories, sucres ou graisses. 

    À chacune d’observer les aliments avec les yeux, les papilles, mais aussi le ventre, les genoux ou les hanches, et de repérer ceux qui nous veulent du bien. Peu à peu, le thérapeute donne au corps des clés pour ne plus se remplir excessivement et faire évoluer ses choix: "Voyez si ça aide." Yeux clos ou mi-clos, chacune s’imprègne de ses paroles. Tout est encouragement et déculpabilisation. Petit à petit, une sorte de sérénité nous envahit, avec le sentiment confus, en sortant, qu’il s’est passé quelque chose. 

  • Bouffées de chaleur, anesthésie, effets secondaires du traitement du cancer

- À l'institut Curie, avec le Dr Aurore Marcou

Derrière le jardin du Luxembourg, l’Institut Curie, l’un des plus grands centres européens en cancérologie, accueille les visiteurs sous des bulles de couleurs vives. L’hypnose y est utilisée depuis 2011. C’est le DAurore Marcou, médecin anesthésiste aussi douce que déterminée, qui a mis en place cette technique désormais proposée couramment, pour la chirurgie du sein notamment. L’hypnosédation associe un calmant, une anesthésie locale et une séance d’hypnose menée par un médecin ou une infirmière anesthésiste. 

"Elle permet de réaliser une chirurgie éveillée, particulièrement intéressante en cas de contre-indication aux médicaments et pour les personnes âgées, plus sensibles aux anesthésiants. Nous avons opéré ainsi une patiente de 103 ans", indique le DMarcou dans un sourire. "La récupération post- opératoire est bien meilleure », constate le DSéverine Alran, chirurgien, qui reconnaît que la technique exige une concentration de toute l’équipe et plus de calme au bloc opératoire. À tout moment, si la personne est inconfortable, il est possible de revenir à une anesthésie classique, mais c’est très rare. 

En pratique, le patient ne voit rien de l’opération, à l’abri derrière un grand drap stérile, mais il entend tout, et surtout la voix monocorde du D
Marcou penchée au-dessus de lui. "Nous mettons le réel en sourdine en accompagnant chacun dans son monde imaginaire. Une promenade, un beau moment, c’est la personne qui choisit le thème. En fin d’intervention, j’aide à reprendre contact avec la réalité, et j’induis des images positives favorisant la cicatrisation, l’énergie, le bien-être... L’art de l’hypnose consiste à proposer des suggestions les plus ouvertes possibles", insiste le DMarcou.

La technique est également proposée en chambre, pour accompagner un soin douloureux, et en consultation externe lorsque des douleurs se manifestent malgré les antalgiques, ou que des effets secondaires des traitements - douleurs fantômes ou articulaires, troubles du sommeil... - persistent. "Pour soigner le corps, il n’y a pas que les médicaments, le cerveau peut aussi être utilisé. Les sportifs de haut niveau et les pompiers savent le faire pour accroître leurs performances. Accéder à cette boîte à outil se travaille, les patients sont souvent surpris de découvrir leurs propres ressources." 

Voilà justement Corine, 54 ans, qui frappe à la porte de son bureauLes traitements contre son cancer ont induit des douleurs dans le dos et des bouffées de chaleur épuisantes qui la réveillent dix fois par nuit, l’obligeant à changer ses draps. Elle est venue chercher de l’aide. Dans ce petit bureau du quatrième étage, elle s’installe confortablement, yeux mi-clos, face à la thérapeute, qui l’incite à respirer calmement pour se détendre. Il est question d’un petit nuage au creux du ventre qui se diffuse et soulage ses jambes, ses bras et son dos douloureux. Visage serein, traits détendus, Corine est parfois invitée à lever une main pour valider que l’image évoquée lui correspond, telle cette source rafraîchissante à l’ombre des arbres en forêt évoquée à la première séance. "Me plonger mentalement dans cette scène m’aide à réduire l’intensité et la durée de la bouffée, à ne plus la subir", confirme-t-elle. 

Le D
Marcou décrypte: "Ces suées très désagréables sont liées à un automatisme corporel inadéquat. Or nous pouvons aider le corps à réagir autrement en mobilisant une image apaisante dès que le symptôme apparaît." Quelques exercices d’entraînement quotidien, cinq minutes deux ou trois fois par jour, aident à bien maîtriser la technique. Et ça marche. "J’ai retrouvé un meilleur sommeil, je me sens vraiment mieux", observe Corine. C’est sa troisième et sans doute dernière séance. 

  •  Traumatismes, phobie, anxiété, dépression 

- En consultation de ville avec le Dr Nadine Bertoni

Psychiatre libérale à Nancy (54), le DNadine Bertoni a intégré l’hypnose dans l’éventail des thérapies auxquelles elle recourt depuis vingt-cinq ans. "Cela représente environ 20 % de mon activité, les médecins de la région m’envoient certains de leurs patients spécialement pour cela." L’efficacité de la technique continue à l’émerveiller, permettant de dénouer en quelques séances des problèmes parfois très anciens. 

La patiente qui sort de son cabinet a passé son permis de conduire dans les années 1980, mais il lui est impossible de prendre le volant en raison d’une phobie qui la paralyse: mains moites, palpitation, vitesse maximale de 20 km/h... "Je ne cherche pas la cause du traumatisme, peu importe qu’il soit lié à l’accident d’un proche, à un incident ou à une critique lors des premières prises de volant, l’important est de lever le blocage, ce qui demande de changer de représentation mentale. Avec les mêmes ingrédients, il faut changer le moule pour obtenir un gâteau différent, c’est ce que permet l’état de conscience modifié", illustre la psychiatre. La situation redoutée est abordée par le biais d’une histoire inventée sur mesure, en partenariat avec le patient, afin de déterminer les images qui lui sont les mieux adaptées. 

Ainsi il sera possible de transformer des pensées inconscientes négatives en pensées rationnelles positives. C’est vrai pour abandonner le tabac, dépasser un événement traumatique ou ne plus se retrouver pétri er par une crise d’angoisse... Avec cette thérapie, la douleur n’est pas supprimée, mais la sensation douloureuse diminue car les facteurs affectifs qui lui sont liés sont minorés. "En focalisant l’attention sur des sensations de bien-être et non plus de peur ou d’échec, il est possible de sortir du cercle infernal. Piloter mentalement une voiture pour partir en vacances ou rendre visite à un proche aimé peut suffire, parfois en une seule séance, à débloquer la situation", constate le DBertoni. Pour elle, la grande force de l’hypnose, c’est sa rapidité d’action. 

À celui qui lui assure qu’avec lui "ça ne marchera pas", elle répond sans hésiter qu’il a raison, car elle n’essaiera même pas. Nul ne sera forcé: le postulat premier de cette thérapie douce est en effet l’adhésion du patient. Les thérapeutes que nous avons rencontrés nous l’ont tous affirmé: toute personne capable d’imagination peut accéder aux formidables pouvoirs de cette technique. À une condition cependant, celle d’être volontaire!

  • Comment ça marche?

L’imagerie médicale a permis d’observer que l’état cérébral hypnotique active spécifiquement des zones du cerveau impliquées dans la douleur et dans certaines perceptions sensorielles. Le ressenti désagréable ou douloureux peut ainsi être modifié, chez l’adulte comme chez l’enfant, en dissociant ses composants sensoriels et affectifs.

  • Pour soigner quoi? 

Les douleurs y compris anciennes, de grands brûlés et de membres fantômes 
Les troubles du sommeil 
Les phobies, l’anxiété 
Les crises de panique 
Les troubles post-traumatiques 
En aide à l’accouchement 
Pour se détourner d’une addiction (tabac, alcool…) 
Pour perdre du poids, retrouver un comportement alimentaire sain 
En complément d’un examen médical angoissant pouvant entraîner chutes de tension, malaises, nausées 
En alternative à l’anesthésie générale, pour des organes proches de la peau 
Les crises rhumatismales 
La colopathie fonctionnelle 
L’eczéma 
Les acouphènes, 
L’énurésie 
Certaines migraines 
La timidité, les tics et certains troubles obsessionnels compulsifs (TOC)

  • En pratique 

- Une séance dure de quelques minutes à une heure. 
- Généralement, quelques séances (parfois une seule) suffisent. 
- Prix moyen : de 50 à 200 €, pris en charge par l’Assurance maladie uniquement chez un médecin ou à l’hôpital. 
- Pour trouver un thérapeute : Institut français d'hypnoseInstitut Milton H. EriksonAssociation française pour l’étude de l’hypnose médicale… et le bouche à oreille!

- Pour s’initier à l’hypnose: "Enfin je maigris, le déclic par l’auto-hypnose", et "Oubliez le tabac" par l’hypnose, du Dr Benhaiem, éd. Albin Michel. 

 

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Rédigé par Entraide Fibromyalgie Ouest - Evy

Publié dans #Douleurs, #sommeil, #hypnose, #thérapie

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