De l'Ombre à la Pénombre...

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

 

…mais encore loin de la lumière ! En effet concernant la fibromyalgie, le corps médical est divisé

Entre ceux qui considèrent ce syndrome, cette entité ou cet « agent double » comme une maladie purement psychique et ceux qui ont démontré certaines anomalies biologiques, il semblerait que nous stagnions dans une espèce de no man’s land où se mêlent les anciennes pistes (diverses anomalies liées à des mécanismes physiopathologiques centraux tels perception de la douleur, troubles du sommeil ou de l’humeur et périphériques tels que perturbations métaboliques, microcirculatoires) ; les pistes particulières (statuts thiaminique ou antioxydant, contribution du muscle) et les nouvelles pistes (anomalies de l’insuline, de l’endothéline et de l’oxyde nitrique ayant fait l’objet d’une étude taxonomique de leurs effets et leurs interactivités).

Pour mémoire, la définition classique de la fibromyalgie : douleurs musculaires diffuses, persistantes, mal expliquées associées à une sensibilité tendinomusculaire à la pression au niveau de certains points sensibles, a soulevé de nombreux problèmes.

Ils portent notamment sur le nombre minimum requis de points sensibles, leur cartographie et leur relation avec les autres symptômes dits mineurs (troubles du sommeil, fatigue et anxiété) pouvant retentir sur le quotidien du malade dans son activité professionnelle comme personnelle.

Partant de là l’approche thérapeutique ne peut qu’être difficile si les médecins ne se posent pas les bonnes questions quant à l’approche diagnostique.

En 1994, Wolfe (1) a introduit la notion de fibromyalgie probable dès le constat de deux critères sur trois (douleurs diffuses, nombreux points sensibles à la pression, symptômes « mineurs »).

En 2001, Eisinger (2) a considéré la fibromyalgie comme un « double syndrome douloureux » (syndrome asthénomyalgique dont l’intensité est appréciée par des échelles visuelles analogiques de la douleur et de la fatigue ; les douleurs, diffuses sur plus de trois sites et persistantes pendant plus de trois mois).

Par ailleurs de nombreuses investigations biologiques ont été effectuées mais la plupart sont mal connues car soit trop récentes, soit sophistiquées, soit onéreuses ou à l’inverse trop anciennes et donc frappées du sceau de la non rentabilité suivi généralement de leur abandon.

A la décharge des professionnels de santé, il faut reconnaître que la grande majorité de ces anomalies biologiques, présente une évolution différente suivant les cas ou la durée d’évolution. Faut-il pour autant rayer d’un trait de plume les nombreux travaux effectués tant à l’international qu’au national ? C’est notamment ce qu’a fait l’Académie de Médecine dans un rapport où la biologie des fibromyalgies « n’occupe que quelques lignes contre quelques pages pour le psychosocial ».

Traitements médicamenteux

Depuis les années 80 où les médicaments proposés se comptaient sur les doigts d’une main, à partir des années 90 c’est jusqu’à une centaine de molécules que l’on verra fleurir au fil de revues générales et d’ouvrages ratissant plus large. 

Les malades prennent en moyenne quatre médicaments différents par jour mais aucun ne semble vraiment efficace. Il ne faut pas pour autant se limiter à l’essai de quelques antidépresseurs car certaines stratégies thérapeutiques médicamenteuses peuvent avoir des effets spectaculaires.

Petite revue de détail

Citons :

Les médicaments à visée antalgique où la douleur, symptôme majeur, est en partie responsable des troubles du sommeil, de la dépression, et surtout du désentraînement qui la pérennise. Du fait de nombreuses composantes périphériques et centrales extrêmement complexes, ce symptôme nécessite un traitement adapté, efficace, et dénué, dans la mesure du possible, d’effets secondaires.

Les médicaments à visée métabolique puisque de nombreuses anomalies vitaminiques et hormonales ont été signalées ainsi que des perturbations du métabolisme du magnésium et de certains acides aminés.

Les antidépresseurs, longtemps la seule approche thérapeutique suite aux nombreuses études ayant démontré des anomalies des neurotransmetteurs. Mais cette approche a fait l’objet de revues détaillées (3, 4, 5, 6, 7) démontrant que les antidépresseurs sont mal tolérés avec plus de 50 % d’effets secondaires contre 18 % pour les antalgiques.

Les autres thérapeutiques à visée neuropsychiatrique avec les benzodiazépines et les myorelaxants jusqu’aux substances apparentées au GABA en passant par les neuroleptiques.

Les autres traitements : antihistaminiques, piste neurovégétative, vasodilatateurs et nootropes, piste des antioxydants, quelques alternatives (homéopathie…) et traitements locaux.

Si la longue liste des médicaments proposés pourrait laisser supposer qu’aucun n’est réellement actif, l’intérêt du traitement médicamenteux ne doit pas être mésestimé. Au-delà de la personnalisation du traitement, de nombreuses stratégies pourraient se révéler efficaces dès l’instant qu’elles prennent en compte la sévérité, la symptomatologie clinique ou l’existence de sous-groupes définis biologiquement.

Certes la fibromyalgie est une affection invisible (examens cliniques, électriques, radiologiques et biologiques le plus souvent normaux) et inexpliquée (théories physiopathologiques complexes voire contradictoires). Il est ainsi plus facile d’en nier l’existence que d’en améliorer les symptômes.

Les traitements basés sur des mécanismes physiopathologiques encore mal connus sont bien plus nombreux sans que l’un d’entre eux soit indiscutablement le meilleur et sans que les meilleurs soient ceux qui font la Une des agences de communication de l’industrie pharmaceutique.

Arrivés à la croisée de ces différentes pistes, les médecins font ce qu’ils peuvent selon qu’ils sont libéraux (concilier une pathologie chronophage avec une pratique contraignante par ses exigences diverses) ou praticiens hospitaliers (rhumatologues, algologues, psychiatres sans forcément de passerelle entre les disciplines). Alors souvent ils prescrivent un énième antidépresseur (plusieurs piétinent actuellement dans l’antichambre de la FDA) au prétexte « d’avoir décelé quelques traces d’agressivité chez leurs patients », quand ils ne « dénoncent pas la patamédecine ou la patabiologie ».

Patience ! L’information biologique (8) arrivant généralement en France avec une décade de retard, tout espoir n’est pas perdu !

 

Auteure  : MICHELE ILTIS

Date de l'article : 16 octobre 2008

Source : https://blogs.mediapart.fr/edition/anti-buzz/article/161008/de-l-ombre-a-la-penombre

 :

 

  1. Wolfe F. Fibromyalgia syndrome : on criteria and classification. Journal of Musculoskeletal Pain; 2(3): 23-39, 1994.
  2. Eisinger J. Fibromyalgie : non entité ou agent double ? Rev Med Interne; 22: 809-811, 2001
  3. Mc Cain GA. A clinical overview of the fibromyalgia syndrome. J Musculoske Pain 4 : 9-34, 1996.
  4. Wilke WS Treatment of "resistant" fibromyalgia Rheum Dis Clin North Am 21: 247-260, 1995.
  5. Eschalier A, Manoukian-Moulinie C, Dubray C, Onen SH. Antidépresseurs et fibromyalgie. Lyon Med Med 34 : 5-9,1998.
  6. Dalvi SS, Bankes P, Pritchard CH. A survey of the use and effectiveness of conventional and alternative therapies for fibromyalgia. Arthritis and Rheumatism 41: S260-1365, 1998.
  7. Eisinger J, Gandolfo C, Zakarian H, Ayavou T : Reactive oxygen species, antioxidant status and fibromyalgia. J Musculoske Pain 5 : 5-15, 1997.
  8. Eisinger J. Terra Incognita. Journal of Muscoleskeletal Pain; 14(4): 3-4, 2006

 

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