Boom des ostéopathes : le regard du Dr Bernard Morand, rhumatologue-ostéopathe

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

 

 

 

Paris France — Il y a quelques jours, le Syndicat National des Médecins Rhumatologues (SNMR) a fait part d'une vive inquiétude devant le nombre exponentiel d'ostéopathes formés sur notre territoire. Il a mis en garde le Ministère de la Santé contre les risques de dérive commerciale et les risques sanitaires. Quelle est la place de l'ostéopathie en France aujourd'hui et qu'elle devrait être sa place ? Le Dr Bernard Morand, rhumatologue-ostéopathe et Président du Syndicat National des Médecins Rhumatologues (Clinique du Renaison, Roanne, France) répond aux questions de Medscape France.

 

Medscape Frace : Avez-vous l'impression que depuis l'Affaire du Mediator, entre autre, les patients sont devenus plus méfiants envers les médicaments et les médecins et qu'ils sont plus enclin à aller chez les ostéopathes non médecins que chez les rhumatologues ?

 

Dr Bernard Morand : Avant la légalisation en 2007, les patients consultaient leurs médecins puis éventuellement leur ostéopathe. Aujourd'hui, la démographie anarchique des ostéopathes en France a banalisé l'ostéopathie si bien que les patients vont d'abord chez l'ostéopathe et ne consultent leur médecin qu'en cas d'échec. Mais, je n'ai pas l'impression d'une défiance des patients auprès des rhumatologues. Au contraire, ces derniers sont plébiscités quotidiennement si on s'en tient simplement à l'accroissement de leurs délais de rendez-vous et de leur difficulté de répondre à une demande sans cesse accrue. Par ailleurs, la prescription de médicaments par le rhumatologue est loin d'être systématique : il peut utiliser divers moyens physiques et au besoin adresser le patient à un kinésithérapeute ou encore prodiguer des recommandations d'hygiène articulaire. Enfin, il ne faut pas, non plus, opposer ostéopathie et traitement médicamenteux qui peuvent être complémentaires.

 

 

Est-il toujours préférable de consulter un rhumatologue avant d'aller voir un ostéopathe ?


B. M. : Les arguments pour consulter en premier le rhumatologue sont les suivants. Tout d'abord, il peut être judicieux de consulter au préalable son médecin traitant qui orientera secondairement si nécessaire vers le rhumatologue. Le rhumatologue, qui a fait au minimum 10 ans d'études de médecine, propose une prise en charge médicale basée sur un diagnostic clinique en s'aidant au besoin d'examens paracliniques (radiologie, imagerie, bilan biologique etc...) et en fonction de ce diagnostic prescrira un traitement adapté qui peut parfois être de l'ostéopathie qu'il pratiquera le plus souvent lui-même. Tarder à consulter un rhumatologue peut entraîner un retard au diagnostic qui peut être préjudiciable au patient. Nous avons tous une anecdote de ce type dans notre patientelle. En plus, et ceci est à prendre en considération, le rhumatologue est un professionnel de santé et le patient pourra bénéficier d'un remboursement de la consultation par l'assurance maladie et sa mutuelle. Paradoxalement, il n'est pas rare de constater que le rhumatologue est parfois moins cher que l'ostéopathe...

 

Y a-t-il des cas ou l'ostéopathie est contre-indiquée ?

B. M. : L'ostéopathie est contre-indiquée, en général, dans toutes les pathologies qui ne sont pas « communes » ou encore « fonctionnelles ». Par exemple, il ne faut pas faire de l'ostéopathie dans les pathologies tumorales ou infectieuses voire inflammatoires. Les lésions fracturaires sont, bien entendu, une mauvaise indication de l'ostéopathie encore faut-il pouvoir les diagnostiquer, par exemple, au rachis dans le cadre de l'ostéoporose.

 

Selon vous, quelle devrait être la place de l'ostéopathie en France ?

B. M. : lI ne faut pas rejeter l'ostéopathie qui effectivement peut être très bénéfique dans les pathologies fonctionnelles transitoires. Je rappelle qu'il existe depuis des décennies une école française médicale de renom qui a formé de nombreux médecins dans le cadre des différents DIU (Diplôme inter universitaire d'ostéopathie et de médecine manuelle). Le problème est que désormais, des officines dites « écoles d'ostéopathie » se sont multipliées et ont bénéficié d'agréments laxistes. Cette situation ne peut qu'entrainer des dérives et poser un problème de sécurité des soins, autant par les retards des diagnostics que par des techniques inappropriées voire ésotériques. Il faut donc légiférer sans tarder et limiter le nombre d'étudiants en ostéopathie et le nombre d'écoles agréées. Il s'agit d'un problème de Santé Publique et pas du tout d'une défense corporatiste comme certains pourront le suggérer : les rhumatologues pour la plupart sont débordés et des horaires hebdomadaires de travail de plus de 55 heures sont habituels.

 

 

Le Dr Bernard Morand, rhumatologue-ostéopathe et Président du Syndicat National des Médecins Rhumatologues.

 

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Article collecté sur le site :

http://www.medscape.fr/rhumatologie/articles/1557779/ 

 

Edité le 09 juillet 2013 par,

 

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