Centre hospitalier de Cornouaille L'unité tente de soulager la douleur

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

16 juin 2012 - Le Telegramme

Chronique, la douleur a des répercussions sur la vie de tous les jours. Une consultation
y est dédiée au Centre hospitalier de Cornouaille, à Quimper. Son planning est plus que
chargé. Aiguë, la douleur devrait figurer sur la check-list du patient hospitalisé.

«On sait qu'une douleur qui dure va s'auto-amplifier. À partir d'une épine irritative, un
syndrome douloureux va devenir une maladie douloureuse avec un impact sur l'humeur, le
sommeil, des contractures musculaires... Outre la cause vont se greffer tout un tas de choses
qui vont contribuer à pérenniser la douleur», campe la rhumatologue Annick Genestie
Mabille. «Le corps médical est parfois impuissant face à la douleur chronique. Si bien que les
gens se sentent incompris, rejetés. Ils arrivent épuisés à la consultation, au bout d'un parcours
du combattant», ajoute sa consoeur rhumatologue Isabelle Nouytrolle. La consultation
douleur existe depuis une vingtaine d'années au Centre hospitalier de Cornouaille. Les
personnes qui souffrent de douleurs rebelles, persistantes, y sont généralement adressées par
leur médecin traitant. Elles y trouvent une équipe pluridisciplinaire résolue à appréhender leur
douleur au long cours sous bien des coutures.

«Trouver le fil conducteur»

«Il y a une souffrance très lourde exprimée, lors de la consultation, par des patientsqui ont été
confrontés à une escalade thérapeutique sans que les traitements ne soient forcément
efficaces. D'autres ont été un peu laissés sur le carreau. On leur a dit: je ne peux rien pour
vous, c'est dans la tête», décrit Gilbert Vanco, médecin en soins palliatifs. «Nous allons
essayer de trouver le fil conducteur de cette douleur. On essaie de proposer des thérapeutiques
antalgiques qui n'ont pas été prescrites avant. Et puis, nous prenons aussi en charge les effets
périphériques qui aggravent la douleur», expose Annick Genestie Mabille. «Car elle a des
retentissements familiaux, sociaux et professionnels», insiste Isabelle Nouytrolle. «Et
psychoaffectifs. Cela peut entraîner, par exemple, de l'anxiété, jusqu'à la dépression majeure.
Traiter cet aspect-là peut être tout aussi déterminant que de traiter le versant purement
physique», souligne l'anesthésiste John Lew, président du comité de lutte contre la douleur au
centre hospitalier.

«Inscription dans le corps»

«Il faut prendre en charge les deux aspects. D'où l'intérêt d'une équipe qui intègre des
compétences médicales et paramédicales complémentaires (description ci-contre)», certifie le
docteur Mabille. La rhumatologue se dit, par ailleurs, persuadée que «le meilleur moyen de
bien prendre en charge une douleur chronique, c'est de bien traiter les douleurs aiguës
lorsqu'elles surviennent. Car il y a une inscription dans le corps de la douleur, une mémoire
cérébrale de celle-ci et donc une douleur qui peut ressurgir, par exemple, lors d'une nouvelle
sciatique». «Il y a aussi des douleurs qui sont chroniques quoi que l'on fasse: les douleurs des
nerfs par exemple, les douleurs de cancer qui envahissent les nerfs», rebondit Annick
Genestie Mabille. «Parfois, c'est tellement complexe que l'on ne comprend pas non plus»,
reconnaît l'anesthésiste. L'équipe de la consultation douleur sait, en revanche, qu'elle aspire à
mieux faire. «On est très insatisfaits des délais d'attente que l'on propose». Deux mois pour

une première consultation et encore deux mois et demi pour la consultation pluridisciplinaire
avec un algologue, une psychiatre et une psychologue. La limite est budgétaire (le
budget «mission d'intérêt général» est stable depuis la création) et humaine (médecins et
paramédicaux n'y accordent qu'une partie de leur temps). «Il faut que l'on règle cette situation
d'entonnoir. La psychologue, spécialement formée à la douleur, pourrait résoudre des choses
en amont. Il faudrait y ajouter un temps d'assistance sociale, que nous avions et qui doit
s'occuper des patients hospitalisés, et une sophrologue de façon permanente», ambitionnent
les docteurs Mabille et Lew. «Si nous avions plus de temps à y consacrer, nous pourrions
développer des activités de kiné, de balnéothérapie en groupe. Les patients ont besoin
d'activités de groupe, de paroles, de sophrologie, car ils se sentent vraiment isolés face à leur
douleur. C'est aidant pour eux de voir qu'ils ne sont pas seuls à souffrir», justifient les
rhumatologues.

Projet de groupes de paroles

«On a des projets de groupes de paroles avec la psychologue, nous aimerions aller au-delà des
deux groupes de balnéothérapie. On aimerait développer plus encore l'éducation
thérapeutique: être un peu maître de sa douleur, c'est un peu apaisant», assurent-elles.
L'équipe veut travailler «à mieux favoriser la réinsertion socioprofessionnelle en lien avec
l'action sociale, avec des organismes comme Prométhée». Elle est aussi «en train de créer un
staff commun avec le centre de rééducation fonctionnelle de Tréboul, pour conforter la
réadaptation physique». En attendant, «on a aussi des patients qui nous remercient
simplement parce qu'on renouvelle une écoute et met en place des petits moyens qui, parfois,
peuvent les aider même si le résultat n'est pas radical», exprime Gilbert Vanco.

Bruno Salaün


«Elle doit être évaluée comme le pouls, la tension. ..»

«La réa vient de travailler sur une grille d'évaluation de la douleur chez des patients sédatés,
ventilés, avec prescription d'antalgiques chez des patients qui ne s'expriment pas», annonce
Laurence Grelet, la directrice des soins du centre hospitalier. «La pédiatrie a inventé une boîte
à outils formidable, qui détourne l'attention des enfants et évite de prescrire des antalgiques,
car on sait que si un médicament est efficace il est aussi toxique. On a le Meopa qui permet
qu'un examen, un soin soit mieux subi», égrène-t-elle. «La maternité élabore des grilles
d'évaluation de la douleur très performantes pour les parturientes,etc.», complète-t-elle. La
prise en compte de la douleur aiguë, «c'est et ce doit être une préoccupation permanente à
l'hôpital, une culture de l'altérité, pour être au plus près des besoins des patients, d'autant
que nous savons que quelqu'un qui souffre se rétablit moins bien», certifie-t-elle. «Nous
envisageons d'inscrire l'item douleur dans une check-list à l'entrée de chaque patient. Elle doit
être considérée, comme le poids d'ailleurs, de la même façon que les constantes (température,
tension, pouls). C'est parfois un peu oublié», signifie l'ancienne infirmière.

91% des patients satisfaits

Plusieurs centaines de professionnels du Chic ont déjà été formés, ces dernières années, «aux
échelles d'évaluation, à la prescription pour les médecins, à l'application pour les
paramédicaux avec réévaluation derrière». C'est particulièrement vrai depuis 2008. Une
enquête auprès des personnels avait révélé que «60% d'entre eux disaient ne pas avoir suivi de

formation douleur». Les patients, eux, semblent plutôt satisfaits de la façon dont ces soignants
s'occupent de leur douleur. En 2006, lors d'un audit réalisé auprès de 177 patients dans 22
services, 80% assuraient que les équipes s'étaient inquiétées de leur niveau de douleur, 83%
affirmaient qu'elles avaient tout fait pour la soulager, 91% se disaient satisfaits de la prise en
charge de la douleur au cours de leur hospitalisation. «Les personnels sont déjà très impliqués,
mais on peut atteindre les 100%», soutient Laurence Grelet. Le président du comité de lutte
contre la douleur, John Lew, suggère, lui, «qu'un temps d'infirmier soit dédié au comité afin
que la politique douleur soit portée au niveau de la politique hygiène, soutenue par un comité
de lutte contre les infections nosocomiales doté d'une équipe médicale et paramédicale».

 

Source:http://quimper.letelegramme.com/local/finistere-sud/quimper/ville/hopital-l-unite-tente-de-soulager-la-douleur-16-06-2012-1740420.php?xtmc=Centre%2520hospitalier%2520de%2520Cornouaille%2520L'unit%25C3%25A9%2520tente%2520de%2520soulager%2520la%2520douleur&xtcr=1

 

Merci beaucoup Nath d'avoir fait partager cet article.

 

 

Phil

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