Exclusif : les pharmaciens et les infirmières mettraient bien les vieux médecins à la retraite forcée !

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

Paris, le mercredi 15 février 2012 – Les discours sur la démographie médicale s’appuient souvent sur des prévisions indiquant le nombre de praticiens qui continueront à exercer dans tel bassin de population dans une dizaine d’années au vu de leur moyenne d’âge actuelle. Ces estimations font l’économie d’un élément : tous les praticiens ne prennent pas leur retraite au même leur moment. Certains en effet jouent les prolongations (souvent incités par les pouvoirs publics) et voient fleurir leur 70 printemps (voire plus !) tout en continuant à accueillir leurs patients quotidiennement !

En France, en effet, il n’existe pas (en ville) de limite d’âge à la pratique de la médecine. A l’hôpital, la limite est fixée à 65 ans mais la situation familiale permet de la reculer. Il existe par ailleurs des différences pour les psychiatres hospitaliers qui peuvent continuer à exercer dans les couloirs blancs jusqu’à 68 ans. Enfin, un décret du 1er mars 2005 « autorise les praticiens hospitaliers à prolonger leur activité au-delà de la limite d’âge qui leur est applicable, pour une durée de 36 mois, sous conditions d’aptitude validée par un certificat médical d’un médecin agréé et après avis des instances locales ». On le voit grâce à ces différentes dérogations, un psychiatre hospitalier père d’une famille nombreuse pourrait continuer à exercer jusqu’à 72 ans.

4 % des médecins en exercice ont plus de 65 ans

Ces différentes dérogations sont destinées à pallier les problèmes de démographie médicale dans certaines régions. En ville, les pouvoirs publics ont usé d’un système similaire en incitant les praticiens retraités à poursuivre leur activité. Combien sont-ils, dès lors, retraités ou non, hospitaliers ou libéraux, à continuer à enfiler leur blouse après 65 ans (âge moyen de départ à la retraite). Selon les derniers chiffres publiés en 2011 par l’Ordre des médecins, sur les 199 987 praticiens inscrits au bureau de l’Ordre, 8 295 (dont 6 496 hommes) médecins exerçant une activité régulière ont plus de 65 ans, soit 4 %. Ces chiffres masquent des disparités territoriales : cinquante trois bassins de vie ne comptent que des médecins généralistes âgés de plus de 60 ans. Concernant les spécialistes, cette situation se retrouve dans 7 % des bassins de vie. Enfin, on relèvera que « parmi les 48 321 médecins retraités inscrits au tableau de l’Ordre, 15,2 % ont fait le choix de continuer d’exercer la médecine », ce qui représente une augmentation de 30,5 % en un an ! « Agés en moyenne de 68,6 ans, les médecins retraités actifs sont quasiment exclusivement représentés par des hommes (80,4 %) », nous précise encore l’Ordre. Enfin, 64,2 % exercent une activité libérale et 39 % sont salariés.

L’âge du capitaine

Cette pyramide des âges des médecins qui semble avoir tendance à s’élargir en son sommet pourrait-elle avoir une incidence sur la qualité des soins ? Les résultats d’une étude récemment publiée par le BMJ ont incité le Jim à s'interroger sur ce point. Ils mettaient en effet en évidence, à partir de l’analyse de 3 574 thyroïdectomies, que les hypoparathyroïdies postopératoires étaient plus fréquentes lorsque l’intervention avait été réalisée par les chirurgiens les plus récemment… et les plus anciennement diplômés. Les auteurs soulignaient par ailleurs que les résultats de cette enquête étaient confortés par des travaux semblables menées dans d’autres disciplines. Ils avançaient l’hypothèse selon laquelle la lassitude aurait sur les chirurgiens un impact plus fort que le bénéfice de l’expérience !

La paille et la poutre

Forts de ces résultats, les professionnels de santé lecteurs du JIM ont été interrogés sur le sujet. Première constatation : l’opportunité d’imposer une limite d’âge à la pratique de la médecine est un sujet qui suscite un fort intérêt, comme en témoignent nos 896 répondeurs (un score rarement égalé pour nos sondages… à l’exception des enquêtes politiques). Second enseignement : l’opinion des professionnels de santé diffère nettement sur ce point en fonction de leur profession ! Si globalement 50 % de nos lecteurs sont opposés à une limite d'âge contre 47 % qui y sont favorables (3 % ne se prononçant pas) 77 % des infirmières et 81 % des pharmaciens ayant répondu à notre enquête se sont déclarés favorables à un âge de la retraite obligatoire, quand une minorité de médecins (44 %) partageaient leur sentiment. En raison du plus grand nombre de médecins parmi les lecteurs du JIM, les répondeurs sont globalement très légèrement hostiles à une limite d’âge de la pratique de la médecine (50 % vs 47 %). Il apparaît en tout état de cause clairement que si les praticiens s’estiment parfaitement capables de déterminer eux-mêmes le moment où ils ne pourront plus continuer, les observateurs extérieurs (et sans doute peu complaisants) que sont les pharmaciens et les infirmiers en doutent fortement !

Des médecins sous contrôle

A l’étranger, la question a pu se poser ces dernières années. Au Québec, il y a deux ans, la mauvaise lecture de centaines de mammographies par un praticien de 77 ans lança la polémique. Dans la province du Québec, 10 % des membres de l’Association des radiologistes ont plus de 70 ans, un phénomène lié en partie aux mauvaises conditions de retraite des praticiens libéraux. « L’âge limite de la pratique, c’est une question délicate. Parce que potentiellement discriminatoire. Tous les médecins sont différents. Certains sont vieux à 65 ans. D’autres très à jour à 75 ans (…). Et la très grande majorité d’entre eux sont très bons »  assurait le président de l’Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins. La situation de ces papys docteurs fait cependant l’objet d’une vigilance de la part du Collège des médecins qui depuis dix ans procède des inspections professionnelles ciblées chez les médecins pratiquant depuis plus de 35 ans.

 

 

Retour au bon vieux temps en Suisse

L’exemple du canton de Genève en Suisse est également très intéressant : le pays est en train de revenir sur une législation assez stricte. Depuis 2008,  ils est en effet strictement interdit de continuer à exercer la médecine mais aussi la pharmacie (et la profession d’infirmière) au-delà de 80 ans, tandis qu’à l’âge de 70 ans, ces praticiens doivent demander une prolongation de leur droit de pratique, accordée pour trois ans. A partir de 73 ans, l’autorisation doit être renouvelée chaque année. Cependant, une décision de justice en 2010 a fait vaciller ce processus : un pharmacien de Genève de 80 ans a formé un recours auprès du Tribunal administratif qui lui a donné raison. Dès lors, Genève envisage d’abroger la limite d’âge à l’exercice d’une profession de santé ! La situation ne concerne cependant qu’un très petit nombre de praticiens : « Sur 2 662 médecins actifs à Genève, 122 ont plus de 70 ans et seulement 12 ont dépassé les 80 ans », précise la Direction générale de la Santé.



Aurélie Haroche


Source:http://www.jim.fr/e-docs/00/01/FB/94/document_actu_pro.phtml

 

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