Fragmentation du sommeil : implications possibles dans le cadre de la fibromyalgie

Publié le 22 Septembre 2013

La fragmentation du sommeil est une anomalie fréquente au cours de différentes pathologies du sommeil. Elle existe notamment au cours de pathologies aussi différentes que le syndrome d’apnées du sommeil, les mouvements périodiques au cours du sommeil et l’insomnie chronique. Les conséquences cliniques bien que variables sont essentiellement somnolence diurne excessive et fatigue chronique, surtout matinale. En effet, la répétition de micro-éveils non perçus par le patient (inférieurs à 20 secondes) ne permet pas d’approfondissement du sommeil (réduction des stades III et IV) et maintient un sommeil superficiel et non réparateur. Bien que les corrélations entre le nombre de micro-éveils et les symptômes (somnolence en particulier) soient médiocres, c’est l’élément le plus proche de la physiopathologie de ces éléments cliniques.
 
Les données existantes dans ce domaine sont en faveur d’une contribution à la symptomatologie clinique de la fibromyalgie. L’efficacité du sommeil, c’est à dire le temps total de sommeil rapporté au temps passé au lit, est réduite. Le nombre d’éveils est augmenté dans des proportions variables. La quantité de sommeil lent est réduite et il existe une intrusion de phénomènes d’éveil appelés “sommeil alpha delta ” qui sont identifiables visuellement sur le tracé d’électro-encéphalographie. Ces données ont été confirmées par des analyses plus précises de type fréquentiel qui montrent une augmentation de l’activité haute fréquence de type éveil et une réduction de l’activité basse fréquence sur l’EEG. Le nombre global de micro-éveils est également augmenté, reflétant la fragmentation du sommeil. Il faut insister sur le caractère non spécifique de ces anomalies. Elles peuvent également être le témoin d’une atteinte primaire du sommeil tel que syndrome d’apnées du sommeil ou mouvements périodiques au cours du sommeil. Par ailleurs, il existe plusieurs causes possibles de fragmentation du sommeil au cours de la fibromyalgie : douleurs musculaires ou d’autre origine, insomnie associée, etc… Dans tous les cas, une telle fragmentation est susceptible de contribuer de façon significative à la symptomatologie de fatigue chronique.
 
Dans ces conditions, il est logique de proposer un enregistrement polysomnographique à la recherche de ces anomalies et d’une éventuelle anomalie du sommeil associée. L’évaluation thérapeutique permettra de dire si la réduction de la fragmentation du sommeil lorsqu’elle est possible modifie significativement les symptômes cliniques. Enfin, toute évaluation thérapeutique dans cette affection devrait reposer non seulement sur une évaluation subjective mais également objective de la quantité et de la qualité du sommeil.
 
Existe-t-il des mécanismes physiopathologiques communs ? La physiopathologie de la fibromyalgie reste largement méconnue. Cependant, la sérotonine est à la fois impliquée dans le contrôle de la douleur et de l’éveil et pourrait être importante dans ce cadre. Les essais thérapeutiques sont en partie basés sur ce rationnel.
 
En conclusion, le sommeil semble jouer un rôle évidemment variable dans cette affection. Une utilisation raisonnable des enregistrements du sommeil en clinique comme en recherche clinique est donc souhaitable.
 
Pr. Patrick Lévy, laboratoire du sommeil, EFCR, CHU Grenoble
Congrès national sur la fibromyalgie - Lyon/Villeurbanne 12 octobre 2002 
 
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Edité le 22 septembre 2013 par,
 
   

Rédigé par Entraide Fibromyalgie Ouest

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