L'EMDR, tout dans les yeux !

Publié le 8 Août 2013

 

On peut supprimer la souffrance liée à un traumatisme. C’est le pari de l’EMDR, nouvelle thérapie fondée sur le mouvement oculaire, qui donne des résultats encourageants.

Pour aider un patient à se remettre d’un traumatisme psychique, le travail psychothérapeutique traditionnel incite à la mise en mots de la souffrance. Mais la prise en charge reste très difficile. Or, il apparaît aujourd’hui que contrairement à ce qui était jusqu’alors enseigné, il n’est pas forcément nécessaire, pour guérir, de passer par la parole et la prise de conscience. En 1987, une Américaine, Francine Shapiro, doctorante en psychologie, a en effet découvert par hasard, et d’abord sur elle-même, qu’une anxiété d’origine traumatique pouvait disparaître grâce à des mouvements oculaires. L’EMDR (eye movement desensitization and reprocessing), que l’on peut traduire par « désensibilisation et retraitement (de l’information) par les mouvements oculaires », était née.

 

Qu’il suffise de bouger les yeux pour guérir d’un trouble important est une affirmation surprenante à première vue, mais qui se comprend mieux si l’on prend en compte la dynamique neurologique. Celle-ci oppose les réflexes de survie activant le centre de la peur (dans le cerveau émotionnel), et le mécanisme de mise en mémoire, et donc de traitement de l’information (dans le cerveau cognitif). Toutes les informations que nous recevons, surtout si elles sont émotionnellement chargées, s’impriment aussitôt en nous dans une sorte de mémoire tampon, l’hippocampe.

 

Elles sont ensuite retraitées – c’est-à-dire associées à d’autres informations pertinentes déjà stockées –, prennent sens, sont acceptées ou effacées, et passent en mémoire corticale à long terme. Dès lors, le traumatisme psychique apparaît comme l’impossibilité de traiter et de mettre en mémoire à long terme une information menaçante. La théorie de F. Shapiro, placée sous le signe de la recherche scientifique, est donc qu’au fil des ans et des chocs vécus au cours de notre existence, certaines informations ne sont pas traitées, et donc pas mémorisées. Dysfonctionnelles, elles restent en attente de résolution et constituent des réseaux de « mémoires toxiques » : leur évocation volontaire est douloureuse, et l’émotion peut surgir de manière inopinée dès que l’environnement rappelle les circonstances du traumatisme. Elles seraient à l’origine de troubles divers comme les pensées et images intrusives, les cauchemars, les peurs, les sursauts intempestifs, les phobies… L’objectif de la thérapie consiste à favoriser le transfert de l’information entre les cerveaux émotionnel et cognitif, pour faire cesser les troubles. Certains mouvements oculaires alternés (de droite à gauche et réciproquement) semblent y contribuer, selon un processus qui demande à être mieux compris. Il est alors possible, pour le patient, d’intégrer un souvenir de l’événement en le détachant de sa violence émotionnelle. Plus troublant encore, selon l’observation clinique, il ne faut pas nécessairement beaucoup de temps pour guérir.

 

Depuis l’apparition des thérapies comportementales, on connaît déjà l’importance de la réexposition imaginaire ou réelle des patients aux situations traumatiques qui les terrorisent. On sait par ailleurs que l’adjonction d’exercices de relaxation peut raccourcir significativement l’obtention de résultats thérapeutiques positifs. De telles prises en charge peuvent à juste titre revendiquer un quota important de guérisons. Néanmoins, même sous cette forme, elles restent relativement longues et difficiles à supporter. La technique de l’EMDR associe elle aussi une réexposition de courte durée à des séquences de détente, mais y adjoint des stimulations adéquates simultanément à l’évocation de son traumatisme par le patient. Ces stimulations sont visuelles (le patient bouge alternativement les yeux de droite à gauche et de gauche à droite), mais aussi tactiles ou sonores. Selon diverses études, certains types de traumatismes psychiques dits simples ou de type 1, c’est-à-dire quand le sujet a été confronté à une brusque menace de mort, donneraient lieu à plus de 80 % de taux de guérison.

 

Vers une guérison des traumatismes psychiques ?

Cette découverte inaugure une nouvelle conception de la psychothérapie, conjuguant le recours au langage et des éléments neurologiques. Pour la première fois il est permis d’envisager de réelles guérisons dans le domaine des traumatismes psychiques et par extension dans beaucoup de troubles comme les phobies, les attaques de panique, certaines dépressions, surtout si leur origine est traumatique. On ne connaît pas de cas de rechute depuis la découverte de la méthode. L’effet de l’EMDR s’apparente à un processus de cicatrisation physique. Et l’on sait que quand une plaie est cicatrisée, elle ne s’ouvre jamais toute seule ensuite. En 2002, pour sa découverte, F. Shapiro a reçu le prix Sigmund-Freud décerné par l’Association mondiale de psychothérapie et la ville de Vienne.

 

Jacques Roques  

 

-----------

 

Article collecté sur le site :

http://www.scienceshumaines.com/l-emdr-tout-dans-les-yeux_fr_23957.html

 

Edité le 08 août 2013 par,

 

 

 

 

Rédigé par Entraide Fibromyalgie Ouest

Publié dans #Articles collectés

Repost 0
Commenter cet article