Le double effet de l'opiorphine

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

Cette molécule du corps humain, découverte récemment, est à la fois un antidouleur et un antidépresseur.

Bénédicte Salthun-Lassalle
© Shutterstock/Arsgera
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La douleur et la dépression sont souvent associées chez une même personne. Ces deux types de syndromes pourraient être simultanément traités par une molécule efficace contre les deux aux mêmes concentrations.

Pour en savoir plus

C. Rougeot et al., Systemically active human opiorphin is a potent yet non-addictive analgesic without drug tolerance effects, Journal of Physiology and Pharmacology, vol. 61, pp. 483-490, août 2010.

H. Javelot et al., Human opiorphin is a naturally occurring antidepressant acting selectively on enkephalin-dependant gamma-opioid pathways, Journal of Physiology and Pharmacology, vol. 61, pp. 355-362, juin 2010.

L'auteur

Bénédicte Salthun-Lassalle est journaliste à Pour la Science.

En 2006, Catherine Rougeot et son équipe, de l'Unité de biochimie structurale et cellulaire de l'Institut Pasteur à Paris, découvrent dans la salive de l'homme une nouvelle molécule aux propriétés analgésiques : l'opiorphine. Aujourd'hui, ils précisent son activité antidouleur après avoir montré que cette molécule est aussi un antidépresseur.

La morphine est un puissant antidouleur, car elle agit comme les enképhalines de l'organisme en se fixant sur les récepteurs dits opioïdes des neurones du contrôle de la douleur. Elle inhibe ainsi les messages de douleur vers le cerveau. Les enképhalines contrôlent les voies de neurotransmission de la douleur et modulent l'activité de différentes structures cérébrales qui interviennent dans la motivation et les émotions. Ce sont de petits peptides neuronaux sécrétés en réaction à certaines situations de stress – physique ou psychologique – pour limiter la propagation des signaux de douleur. Mais dans l'organisme, elles sont rapidement détruites par deux enzymes : la NEP (neutral endopeptidase) et l'AP-N (l'aminopeptidase-N).

Quand ils ont découvert l'opiorphine, C. Rougeot et ses collègues ont montré qu'elle inhibe ces deux enzymes ; l'opiorphine prolonge donc l'action des enképhalines. Les biologistes ont maintenant précisé son effet analgésique dans divers modèles de douleur aiguë et chronique chez le rat, en le comparant à celui de la morphine : l'opiorphine est un puissant antidouleur à une concentration de un milligramme par kilogramme de poids corporel. Elle est aussi efficace que la morphine, pour une concentration similaire. Son effet est bloqué par des inhibiteurs des récepteurs opioïdes, ce qui suggère que les enképhalines naturelles interviennent bien dans son mode d'action. L'avantage par rapport à la morphine, qui stimule directement les récepteurs opioïdes, est que l'opiorphine n'a pas d'effets secondaires gênants : elle n'engendre pas d'accoutumance (il n'est pas nécessaire d'augmenter les quantités pour obtenir le même effet antidouleur après des administrations répétées) et le risque de dépendance psychologique semble faible.

En outre, les biologistes ont montré, chez le rat, que l'opiorphine présente des effets antidépresseurs semblables à ceux de l'imipramine, un inhibiteur de la recapture de sérotonine classiquement utilisé en clinique pour traiter la dépression. Et l'opiorphine, via son action sur les récepteurs opioïdes, n'engendre pas les effets secondaires de ces antidépresseurs (effet sédatif ou troubles de la mémoire à long terme).

La douleur – chronique notamment – et la dépression étant souvent associées chez un même patient, les biologistes espèrent développer des médicaments synthétiques proches de l'opiorphine.

 

Article collecté sur le site :

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-le-double-effet-de-l-opiorphine-25802.php

 

Edité par Evy le 22/11/2011,

Evy - signature animée Titi

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