Maladies chroniques et blessures au Canada

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

Prévalence de la douleur chronique et des limitations fonctionnelles qui lui sont associées au Canada entre 1994 et 2008

M. L. Reitsma, M. Sc. ; J. E. Tranmer, Ph. D.; D. M. Buchanan, Ph. D. ; E. G. Vandenkerkhof, Ph. D. – santé publique.

 

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Rattachement des auteurs :

  1. School of Nursing, Queen’s University, Kingston (Ontario), Canada
  2. Department of Anesthesiology, Queen’s University, Kingston (Ontario), Canada

Correspondance : Elizabeth VanDenKerkhof, Department of Anesthesiology & Perioperative Medicine, Queen's University, 76 Stuart St., Kingston (Ontario).

Résumé

Introduction : On observe actuellement une absence de concordance entre la prévalence estimative de la douleur chronique au Canada et dans le monde. Nous souhaitions donc dans le cadre de cette étude déterminer la prévalence de la douleur chronique selon le sexe et l’âge de même que la prévalence des limitations fonctionnelles associées à la douleur chronique selon le sexe, au Canada, pour la période 1994-2008.

 

Méthodologie : En utilisant les données extraites de sept cycles transversaux de l’Enquête nationale sur la santé de la population et de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, nous avons défini deux résultats catégoriels, à savoir la douleur chronique et les limitations fonctionnelles associées à la douleur chronique.

 

Résultats : La prévalence de la douleur chronique variait entre 15,1 % (1996-1997) et 18,9 % (1994-1995); elle était supérieure chez les femmes (entre 16,5 % et 21,5 %) ainsi que chez les Canadiens les plus âgés, c’est-à-dire chez les membres du groupe d’âge « 65 ans et plus » (entre 23,9 % et 31,3 %). La plus forte prévalence de douleur chronique (entre 26,0 % et 34,2 %) était observée pour tous les cycles chez les femmes de 65 ans et plus. Finalement, la majorité des adultes canadiens affirmant souffrir de douleur chronique signalaient aussi que cette douleur empêchait la réalisation d’au moins quelques activités (de 11,4 % à 13,3 % de la population totale).


Conclusion : Les résultats de cette étude populationnelle concordent avec les estimations internationales et confirment que la douleur chronique est bien présente au Canada et qu’elle affecte les activités quotidiennes des personnes touchées. Ils mettent aussi en évidence la nécessité de procéder à de plus amples études en employant une définition plus précise de la douleur et des limitations fonctionnelles qui lui sont associées.

Introduction

Environ 17 % des Canadiens – 3,9 millions d’individus de plus de 15 ans – ont déclaré souffrir de douleur chronique ou d’un certain degré de malaise. La douleur chronique a une incidence sur la qualité de vie, y compris sur le volet social et familial, ainsi que sur la capacité à travailler. En 2010, la Chronic Pain Association of Canada a indiqué que « selon les estimations, le coût annuel associé à la douleur chronique, si on considère les frais médicaux et les pertes de revenu et de productivité, mais non les coûts sociaux, serait supérieur à 10 milliards de dollars ».


La prévalence des douleurs chroniques non spécifiques au sein de la population générale atteindrait 55 %. Des études canadiennes ont quant à elles conclu à une prévalence estimative de la douleur chronique se situant entre 11 % et 44 %. Ces études étaient fondées sur des périodes de 3 à 6 mois ou sur une définition de la douleur la qualifiant d’habituelle ou de fréquente (often troubled with pain) et les estimations de la douleur fondées sur une période plus longue (c.-à-d. douleur habituelle ou persistante) ont donné lieu à des estimations plus faibles de la prévalence. De toutes les études canadiennes, seulement cinq étaient de vastes études en population, et, parmi celles-ci, trois étaient fondées sur des données antérieures issues du cycle 1996-1997 de l’Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP).

Les estimations canadiennes aussi bien qu’internationales de la prévalence varient selon l’âge et le sexe, une prévalence supérieure étant observée chez les femmes ainsi que chez les personnes âgées. Certaines études canadiennes analysant la prévalence de la douleur chronique selon le sexe et l’âge n’étaient pas représentatives de la population générale : en effet, l’échantillon de l’une d’entre elles n’était représentatif que de sept comtés du Sud-Est de l’Ontario tandis que, dans un autre cas, il ne l’était que des habitants d’une ville située près de Toronto. Toutefois, les résultats d’études transversales en population fondées sur des données antérieures (1996-1997) et d’études de moindre envergure donnent à penser qu’au Canada, les femmes et les personnes âgées font plus souvent état de douleur chronique. Bien que des études se soient déjà penchées sur les entraves aux activités quotidiennes imposées par la douleur, aucune étude n’a examiné cet aspect chez les Canadiens au fil des années.

Cette étude visait à examiner l’évolution dans le temps de la prévalence globale de la douleur chronique et des limitations fonctionnelles qui lui sont associées, au Canada, sans tenir compte des facteurs associés à la douleur. Plus précisément, les objectifs fixés étaient 1) d’analyser la prévalence de la douleur chronique chez les Canadiens entre 1994 et 2008, 2) de décrire les variations de la prévalence de la douleur chronique selon le sexe et l’âge et 3) de décrire les variations selon le sexe de la prévalence des limitations fonctionnelles associées à la douleur chronique.

Méthodologie

Questionnaire et collecte des données

À l’aide de données extraites de sept cycles transversaux du volet sur les ménages de l’ENSP (1994-1995, 1996-1997, 1998-1999) et de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) (2000-2001, 2003, 2005 et 2007-2008), nous avons étudié l’évolution dans le temps de la prévalence de la douleur chronique au Canada. Ces enquêtes font appel à des entrevues structurées réalisées en personne et par téléphone pour recueillir des renseignements sur l’état de santé et les déterminants de la santé des participants de même que sur leur utilisation des services de santé et des services médicaux.

L’ENSP a été réalisée pour la première fois en 1994 en tant qu’enquête transversale et longitudinale; en 2000-2001, sa composante transversale a été intégrée à l’ESCC, qui est toujours menée par Statistique Canada. L’ENSP et l’ESCC ont été réalisées aux deux ans jusqu’en 2007, année où l’ESCC est devenue une enquête annuelle, mais les résultats combinés pour 2007-2008 ont aussi été publiés. Les deux enquêtes ont été élaborées par des spécialistes de Santé Canada, de Statistique Canada et des ministères de la Santé provinciaux de même que par des chercheurs universitaires dans les domaines pertinents, puis les questionnaires ont été approuvés par des comités consultatifs et d’experts. Il est possible d’obtenir de plus amples renseignements sur le plan de sondage de l’ENSP et de l’ESCC auprès d’autres sources.

Population et échantillon

Notre analyse portait sur les participants à l’ENSP âgés de 25 ans et plus et les participants à l’ESCC âgés de 20 ans et plus. Cette différence est attribuable au fait que les tableaux de la variabilité d’échantillonnage n’étaient pas présentés selon les mêmes groupes d’âge par Statistique Canada (12-24, 25-44, 45-64 et 65 ans et plus pour l’ENSP et 12-19, 20-29, 30-34, 45-64 et 65 ans et plus pour l’ESCC). Même si certaines études antérieures ont inclus des participants âgés de seulement 15 ans, nous avons fixé la limite inférieure à 20 ans afin d’éviter de regrouper et de comparer des participants adultes et des adolescents. Comme deux études prospectives et une étude fondée sur les données de l’ENSP ont aussi ciblé les participants qui étaient âgés de 25 ans et plus au début de l’étude, nous serons en mesure de comparer nos résultats à ceux présentés dans la littérature.


En 1994-1995, 1996-1997 et 1998-1999, l’échantillon du volet sur les ménages de l’ENSP était formé d’habitants des 10 provinces canadiennes et comprenait respectivement 17 626, 81 804 et 17 244 participants. Il avait été constitué à l’aide d’une stratégie d’échantillonnage double par grappes et par logements. Les ESCC 2000-2001, 2003, 2005 et 2007-2008 nécessitaient pour leur part la participation annuelle de 65 000 personnes provenant de 121 régions sanitaires réparties dans toutes les provinces et territoires. Les échantillons comprenaient 130 827 participants en 2000-2001, 134 072 en 2003, 132 947 en 2005 et 131 061 en 2007-2008. Le recensement le plus récent était utilisé pour déterminer l’échantillon et permettait de tenir compte des décès, naissances et migrations estimatives récents; ainsi, au besoin, des modifications étaient apportées aux régions sanitaires à l’étude en fonction du dernier recensement. De plus, après pondération correcte de leurs résultats, l’ENSP et l’ESCC sont considérées comme représentatives de la population ciblée, y compris des provinces et territoires concernés par l’échantillonnage. Les volets transversaux sur les ménages de l’ENSP comme de l’ESCC excluaient les Canadiens habitant en établissement, dans les réserves et dans certaines régions éloignées de même que les membres à temps plein des Forces canadiennes. Le taux de réponse était supérieur à 77,6 % pour tous les cycles concernés par la présente étude.

Variables
Variable de résultat : douleur chronique et limitations fonctionnelles associées à la douleur chronique

Notre définition de la douleur chronique était fondée sur la question suivante : « Habituellement, êtes-vous sans douleur ou inconfort? ». Les participants ayant répondu « non » à cette question étaient considérés comme atteints de douleur chronique. On demandait ensuite à ces personnes combien d’activités leurs douleurs ou malaises les empêchaient de faire en choisissant l’option « aucune », « quelques-unes », « plusieurs » ou « la plupart ». Cette définition, employée dans plusieurs études, est reconnue comme une mesure valide de la prévalence de la douleur chronique dans la population générale.

Variables indépendantes : âge et sexe

Nous avons évalué la présence de « douleur habituelle » selon le sexe et l’âge, ainsi que le nombre d’activités dont la réalisation était empêchée en raison de cette douleur selon le sexe. Les participants ont été regroupés selon l’âge en fonction des tableaux fournis par Statistique Canada (25-44, 45-64 et 65 ans et plus pour l’ENSP et 20-44 [20-29 et 30-44], 45-64 et 65 ans et plus pour l’ESCC).

Analyse des données

Nous avons analysé les données extraites de chacun des cycles de l’ENSP et de l’ESCC séparément à l’aide du logiciel SPSS, version 16.0 (IBM). Pour chaque test statistique, l’échantillon a été pondéré selon la population canadienne à l’aide de la variable appropriée, selon le cycle. Les résultats relatifs à la population canadienne ont été présentés selon le sexe pour chaque cycle à l’aide d’effectifs et de pourcentages. Les différences significatives de la prévalence estimative et des limitations fonctionnelles entre les groupes ont été déterminées à l’aide d’intervalles de confiance à 95 %. Les poids d’échantillonnage ont été appliqués à toutes les estimations afin de permettre la généralisation à la population canadienne. Seules les données relatives aux groupes contenant un échantillon d’au moins 30 participants ont été diffusées, conformément aux directives de Statistique Canada en la matière. De plus, nous avons comparé toutes les données présentées dans les tableaux de variabilité d’échantillonnage de Statistique Canada afin de déterminer si la fréquence par cellule pour une variable donnée était suffisante pour éviter qu’un répondant puisse être identifié : si le coefficient de variation se situait entre 0,0 et 16,5, la diffusion était autorisée; s’il se situait entre 16,6 et 33,3, la donnée était considérée comme marginale et sa diffusion était autorisée si elle était accompagnée d’une mise en garde (dans l’ENSP, les coefficients de variation se situant entre 25,1 et 33,3 ne pouvaient être diffusés qu’en présence de la variance exacte) et, s’il était supérieur à 33,3, la diffusion n’était pas autorisée. Les intervalles de confiance ont été obtenus à partir des tableaux de la variabilité d’échantillonnage. Dans le cas de l’ESCC 2003, les données estimatives ont été déterminées à l’aide d’un fichier de macros de sous-échantillonnage disponible au Research Data Centre de l’Université Queen’s; nous avons aussi appliqué la méthode bootstrap et déterminé les intervalles de confiance à l’aide du logiciel STATA, Data Analysis and Statistical Software, version 11.0 (StataCorp LP). La méthode bootstrap permet l’obtention de données estimatives sur l’erreur type et d’intervalles de confiance fiables pour de nombreuses estimations, y compris pour les moyennes et proportions. Nous avons soumis cinq cents échantillons à chaque analyse afin de nous assurer que les résultats n’étaient pas seulement significatifs en raison de la grande taille des échantillons.


Le Health Sciences and Affiliated Teaching Hospitals Research Ethics Board de l’Université Queen’s a procédé à l’examen de cette méthode d’analyse et l’a approuvée.

Résultats

Population

Le ratio hommes/femmes était semblable d’une année et d’une province à l’autre, les femmes étant plus nombreuses que les hommes sauf au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut. La population canadienne à laquelle nos résultats sont généralisables (c.-à-d. Canadiens n’habitant pas en établissement et n’étant pas membres des Forces canadiennes, etc.) a connu une croissance entre 1994-1995 et 2007-2008, passant de 18 836 000 à 24 639 000 individus.

 

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Edité le 20 janvier 2013 par Evy, la blogueuse.

 

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