MÉDECINES DOUCES Un succès controversé

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

         

20051128125527Homéopathie, naturopathie, phytothérapie, biorésonance, acuponcture... Un quart des Suisses ont recours à des médecines alternatives. Hôpitaux, médecins, assurances et législateurs sont forcés de tenir compte de cette demande en forte croissance, malgré des résultats souvent scientifiquement discutables. La décision politique de faire prendre en charge cinq médecines complémentaires par l’assurance maladie de base cache mal le débat sur leur efficacité.

«L’engouement des Suisses pour les médecines complémentaires ne cesse de se confirmer au fil des années. En mai 2009, une majorité de la population (67%) a voté pour que ce type de soins soit pris en compte par les autorités. Et, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), 23% de la population a eu recours à ce genre de prestations en 2007, contre 15% en 2002


Actuellement, près de 1 personne sur 3 y ferait appel au moins une fois par année. Les adeptes des médecines complémentaires sont surtout des femmes: elles consultent deux fois plus que les hommes, les jeunes et les malades chroniques. Parmi ces femmes, Géraldine Fleury. Une mère de famille qui, lors de ses grossesses, a consulté un ostéopathe. «Grâce à des manœuvres très douces sur ma colonne vertébrale, il a soulagé mes douleurs dorsales.»


«Il existe principalement deux types de patients, explique Pascal Büchler, médecin FMH et homéopathe à Yverdonles-Bains. Ceux qui ont un problème de santé que la médecine scientifique ne parvient pas à résoudre. Et ceux qui refusent d’utiliser des molécules chimiques par conviction.»


Homéopathie en tête. Les traitements les plus sollicités sont l’homéopathie (6% de la population), l’ostéopathie, l’acuponcture et le shiatsu/réflexologie (5% chacun), ainsi que la naturopathie (3%). Mais il existe une quantité d’autres pratiques. Au total, le Registre de médecine empirique (RME) dénombre 125 types de soins qui peuvent prétendre au nom de médecine non conventionnelle. La Fédération des médecins suisses (FMH) reconnaît cinq domaines (médecine traditionnelle chinoise, thérapie neurale, médecine anthroposophique, phytothérapie et homéopathie) et l’assurance maladie en rembourse quatre depuis le 1er janvier 2012, si elles sont pratiquées par des médecins diplômés. La phytothérapie ne sera remboursée que depuis le 1er janvier 2013.


Au sein de la FMH, près de 4000 membres sur les 16 000 médecins installés pratiquent des médecines complémentaires à des niveaux variés. A cela, il faut ajouter près de 30 000 thérapeutes non-médecins, dont un certain nombre exercent sans réelle formation. Pour y remédier, la Fondation suisse pour les médecines complémentaires (Asca), qui regroupe environ 15 000 thérapeutes, et le RME ont mis en place des labels de qualité. Un diplôme fédéral en médecine douce pourrait, par ailleurs, voir le jour à l’horizon 2013.


Longue tradition. Mais pourquoi les Suisses raffolent-ils de ces méthodes? «En matière de guérisseurs, le pays a une longue tradition, répond Jérôme Debons, assistant à la Haute Ecole de santé Vaud et auteur d’un livre sur les médecines traditionnelles. En Valais, l’arrivée du médecin dans les villages ne remonte souvent qu’au milieu du XXe siècle. Avant, les patients s’adressaient au guérisseur, qui était le premier recours contre la maladie. Quand la médecine scientifique est devenue prépondérante, les pratiques traditionnelles ont été discréditées. Avec la remise en cause du diktat de la médecine, elles reviennent sur le devant de la scène, accompagnées de nouvelles pratiques.»


A cela s’ajoute ce qu’Ilario Rossi, anthropologue et professeur à l’Université de Lausanne, nomme «les maladies de civilisation»: «Jusqu’au début des années 80, nous vivions dans une époque où la croyance dans le progrès était aveugle. En ce sens, la science médicale véhiculait l’idée de guérison de toutes les maladies, de résolution de tous les maux. Aujourd’hui, bien que la perspective biologique soit encore valorisée, elle n’arrive pas à répondre de manière toujours appropriée aux nouveaux défis pathologiques. La médecine scientifique est confrontée à des maladies comme les cancers, les dépressions, les maladies chroniques et psychosomatiques ou encore dégénératives qu’elle ne parvient pas à guérir. Au mieux, elle peut les ralentir. Les patients doivent apprendre à vivre avec, comprendre pourquoi ils sont malades et gérer au mieux leur condition. Mais les sciences ne leur apportent que des réponses partielles. Ils se tournent donc vers d’autres sources de connaissances.»


Cinq médecines complémentaires décryptées

Phytothérapie

Principe: l’utilisation des plantes médicinales est encore aujourd’hui la forme de médecine la plus répandue à travers le monde et de nombreux médicaments chimiques proviennent à l’origine des plantes, comme l’aspirine ou le taxol. Mais, à la différence des médicaments de synthèse qui ne contiennent que la molécule active, la phytothérapie s’intéresse aux effets de la plante dans sa globalité.

Applications: les remèdes sont principalement utilisés dans le traitement du stress (millepertuis), des maux de tête (menthe poivrée) ou des insomnies (valériane).

Efficacité: plusieurs études cliniques ont apporté des résultats prometteurs dans l’utilisation de la phytothérapie, seule ou en complément de la médecine scientifique, pour traiter par exemple l’arthrite, la maladie d’Alzheimer et la douleur.

Nombre de praticiens: une cinquantaine de médecins FMH la pratiquent en Suisse.

Médecine anthroposophique

Principe: il s’agit d’une approche médicale fondée par le scientifique et philosophe d’origine autrichienne Rudolf Steiner (1861-1925). L’anthroposophie propose une médecine humaniste qui intègre les dimensions matérielles et spirituelles de l’être humain. La médecine anthroposophique se situe dans la continuité de la médecine classique, entendant cependant élargir la pratique médicale en y introduisant des éléments d’ordre spirituel.

Applications: bien qu’ils ne rejettent pas les médicaments chimiques, les médecins anthroposophes les évitent autant que possible. Les remèdes proposés, de marque Weleda notamment, sont à base de substances naturelles provenant de minéraux, de plantes ou d’organes d’animaux. Les adeptes utilisent cette médecine pour soigner notamment les maladies chroniques, les otites et les conjonctivites.

Efficacité: il n’existe aucun essai clinique de qualité prouvant une réelle efficacité. Néanmoins, deux études, publiées en 2007 et en 2009 dans les revues BMC Complementary and Alternative Medicine et BMC Pediatrics, suggèrent un effet bénéfique dans le traitement des pathologies chroniques.

Nombre de praticiens: une centaine de médecins FMH pratiquent cette méthode, dont une petite dizaine en Suisse romande.

Homéopathie

Principe: créée au début du XIXe siècle par Samuel Hahnemann, l’homéopathie se base sur l’idée que le corps possède en lui-même la force de générer un processus naturel de guérison. Les remèdes proposés, à base de plantes, de minéraux ou de substances animales, cherchent à stimuler le processus de guérison naturel. Ils sont dilués à tel point qu’on n’y trouve parfois aucune trace chimique des molécules qui composaient la substance originale.

Applications: les partisans de cette méthode soutiennent qu’une multitude de troubles de la santé peuvent être traités par l’homéopathie, en complément ou non de la médecine conventionnelle. En pratique, l’homéopathie est utilisée pour soigner notamment les migraines, les rhumatismes, les allergies, les otites,les cystites et pour atténuer les effets secondaires des chimiothérapies.

Efficacité: en 2005, The Lancet, l’une des revues médicales les plus respectées au monde, a conclu que les effets de l’homéopathie ne sont dus qu’à l’effet placebo, en d’autres termes que cette pratique n’a aucun effet. Plus récemment, en 2010, une vaste étude commandée par le Parlement britannique est arrivée à la même conclusion et a recommandé que l’homéopathie ne soit plus remboursée par l’Etat. Néanmoins, des résultats publiés en 1997 dans le Journal of Clinical Gastroenterology suggèrent qu’un traitement homéopathique est bénéfique dans le rétablissement postopératoire des fonctions de l’intestin.

Nombre de praticiens: près de 300 médecins FMH, dont une petite centaine en Suisse romande.

Médecine traditionnelle chinoise

Principe: vieille de quelques milliers d’années, la médecine traditionnelle chinoise (MTC) comprend plusieurs disciplines telles que l’acuponcture, la pharmacopée chinoise, la diététique chinoise, le massage Tui Na, ainsi que les exercices énergétiques Qi Gong et taï-chi. Selon elle, tout dans l’univers est mû par une force fondamentale appelée Qi. Pour soigner les patients, il s’agit de rétablir les flux d’énergies le long des lignes de forces appelées méridiens.

Applications: la MTC est généralement utilisée pour traiter les problèmes de dos, la constipation, le diabète, la démence, l’épilepsie, les allergies, l’endométriose, la dépression et le syndrome de l’intestin irritable.

Efficacité: plusieurs études scientifiques ont conclu à l’efficacité de l’acuponcture, qui est déjà remboursée définitivement par l’assurance de base, pour diminuer les nausées provoquées par les chimiothérapies, prévenir les migraines et soulager la douleur. L’efficience du taï-chi est également suggérée par exemple dans le traitement de la fibromyalgie, selon une étude publiée dans le New England Journal of Medicine. Les autres disciplines de la MTC sont peu étudiées scientifiquement en dehors de la Chine.

Nombre de praticiens: la plupart des thérapeutes ne pratiquent que l’acuponcture. Ils sont 600 médecins FMH en Suisse, dont une centaine en Suisse romande.

Thérapie neurale

Principe: mise au point par le chirurgien allemand Ferdinand Huneke (1891-1966), la thérapie neurale estime que la maladie ou les traumatismes peuvent provoquer des champs perturbateurs, qu’il convient de traiter en injectant localement (dans les nerfs, ganglions, ou cicatrice…) des anesthésiques en faible quantité.

Applications: cette méthode, surtout prisée dans les pays germanophones, est utilisée principalement dans le traitement de la douleur (migraine, douleurs chroniques, etc.), mais aussi des maladies chroniques comme le syndrome de l’intestin irritable.

Efficacité: il existe peu d’études scientifiques sérieuses prouvant l’efficacité de cette méthode pour traiter une pathologie. Toutefois, il paraît logique que l’injection d’anesthésiant diminue la douleur.

Nombre de praticiens: une centaine de médecins FMH pratiquent en Suisse, mais très peu du côté romand de la Sarine.

Par Bertrand Beauté, Camille Guichnet, William Türler

 

Article collecté sur le site :

http://www.hebdo.ch/un_succes_controverse_161904_.html

 

Edité le 14 juin 2012 par :

Evy - signature animée Titi

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