Prix des médicaments : l'Autorité de la concurrence dénonce les « combines »

Publié le 23 Juillet 2013

 

L'Autorité de la concurrence s'est penchée sur la consommation et la distribution du médicament en ville, et soumet dans un premier temps à la consultation les premières conclusions de son enquête sectorielle, plutôt explosives. Entre les marges arrières illégales, les ventes directes aux officines, le « pay for delay »…les petits arrangements des laboratoires sont légions. La proposition de l'Autorité de la concurrence de casser le monopole de la vente de médicaments d'automédication en officine, pour ouvrir ce marché aux supermarchés, Leclerc en tête, a été largement relayé par les médias, mais l'Autorité de la concurrence en formule d'autres tout aussi dérangeantes.

Tout est bon pour contrer les génériques


Le but avoué de l'Autorité est de faire baisser le prix des médicaments génériques, et des médicaments non remboursables, via un renforcement de la concurrence. Et vise dans un premier temps certaines pratiques des laboratoires pharmaceutiques, accusées de « constituer des freins à la baisse des prix des médicaments ».

Leur cible : les médicaments génériques. Pour contrer l'arrivée sur le marché de génériques, les laboratoires « princeps », selon l'Autorité, n'hésitent pas à retirer l'autorisation de mise sur le marché (AMM) de molécules princeps ou de communiquer des informations erronées. Autre pratique : le « pay for delay ». Les laboratoires « princeps » soudoient les laboratoires de génériques pour que ces derniers retardent l'arrivée de leurs médicaments sur le marché.

L'Autorité de la concurrence suggère également que les laboratoires « princeps » passent entente entre eux, pour présenter devant le Comité économique des produits de santé (CEPS), des prix artificiellement gonflés, afin « d'éviter des réductions de prix trop importantes ».

Les laboratoires génériques pourraient user de pratiques similaires, en dénonçant comme un seul homme des coûts de fabrication trop élevés, ou en se répartissant le marché par spécialité.

Le cas du paracétamol

Autre pratique : l'absence de demande d'octroi du statut de génériques par les laboratoires génériques. Et de rappeler le cas singulier du paracétamol, substitué légalement partout en Europe, sauf en France. Sous sa forme commerciale, à savoir le Doliprane®, il est pourtant le cinquième médicament le plus remboursé en France, à hauteur de 276 millions d'euros…

Dans le domaine des médicaments non remboursables, désormais accessibles à la vente en ligne, les laboratoires, là encore, ne manquent pas d'astuces, la plus connue étant la vente directe aux officines. Pour les grosses officines, qui disposent d'un espace de stockage conséquent, les remises peuvent aller jusqu'à 50%. En revanche, pour les officines plus modestes, les prix de ventes restent élevés, assurant par là-même des marges confortables aux laboratoires, selon l'Autorité de la concurrence.

Autre manœuvre, des laboratoires génériques cette fois, qui pratiquent la vente liée de médicaments non remboursables et de médicaments génériques, offrant aux officines qui acceptent les deux gammes de produits des remises importantes, qui ne sont guère, selon l'Autorité, que des marges arrières déguisées. Cette dernière en conclut que, si les laboratoires peuvent offrir de telles remises à leurs bons clients, alors il est tout à fait imaginable que le prix des médicaments génériques puisse être revu à la baisse par le CEPS, « au bénéfice de l'assurance maladie et du consommateur ».

Ouvrir le marché de l'UE aux grossistes répartiteurs

Outre un manque de puissance d'achat manifeste des intermédiaires de la distribution du médicament en ville, l'Autorité de la concurrence déplore, pour les grossistes, des marges parfois quasi-nulles sur le marché des génériques, et une absence d'accès au marché des médicaments non remboursables. L'Autorité suggère aussi d'ouvrir le marché de l'Union Européenne aux grossistes répartiteurs, « où le prix des spécialités est plus bas, afin de développer leur activité concurrentielle ».

Pas de vente en supermarchés

La proposition la plus polémique de l'Autorité de la concurrence concerne la fin du monopole officinal sur la vente de médicaments d'automédication et de médicaments frontières.

La vente de médicaments dans des espaces dédiés au sein de grandes surfaces, sous le contrôle d'un pharmacien, présente plusieurs vertus, croit savoir la Haute autorité. Cela permettrait de favoriser la concurrence et de faire baisser les prix. En Italie, où le marché des médicaments d'automédication s'est libéralisé, la baisse de leur prix a été de 25% environ.

Mais la ministre de la Santé Marisol Touraine a tranché le débat : il n'y aura pas de ventes de médicaments dans les supermarchés, a-t-elle indiqué à l'AFP. Fermez les bancs.

 

Auteur : Jacques Cofard

 

----------- 

 

Article collecté sur le site : http://www.medscape.fr/autre/articles/1562385/;jsessionid=654A9A4A6205C97DBE615076B87D1D25

 

Edité le 23 juillet 2013 par, 

 

Rédigé par Entraide Fibromyalgie Ouest

Publié dans #Articles collectés

Repost 0
Commenter cet article