Un appareil pour lutter contre les faux médicaments ?

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

La lutte contre la circulation croissante de faux médicaments a entraîné une mobilisation accrue ces dernières années. Emergence d’une véritable prise de conscience de l’importance du phénomène jusqu’aux plus hautes sphères gouvernementales, collaboration plus active des services de douane face à ce fléau et sensibilisation du grand public notamment sur les dangers inhérents à l’achat de médicaments sur internet ont notamment été au rendez-vous. Cependant, d’autres outils doivent encore se développer pour parfaire cet arsenal, notamment dans les pays pauvres, premiers touchés par cette pratique crapuleuse. Ainsi, s’il existe des appareils de contrôle permettant de déterminer la qualité d’un produit pharmaceutique, ces dispositifs restent souvent peu accessibles aux pays en voie de développement en raison de leur coût et de conditions d’utilisation inadaptées aux spécificités du terrain. Pourtant, depuis 2006, des chercheurs suisses œuvrent pour la mise au point d’un outil répondant mieux à ces différents enjeux. C’est l’histoire cet avènement que nous raconte l’un de ses artisans, le professeur Pascal Bonnabry, pharmacien chef de la pharmacie des hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Selon les rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les contrefaçons de produits pharmaceutiques représenteraient dans certains pays, et tout particulièrement dans les pays émergents, jusqu’à 60 % des médicaments vendus. On estime que 10 % du marché mondial des médicaments serait à l’origine de millions de morts. Ainsi, plusieurs millions de vies pourraient être sauvées chaque année grâce à une lutte plus efficace contre ce trafic, plus lucratif et moins risqué que celui des drogues illégales. L’Afrique est particulièrement touchée : une boîte de médicaments sur trois contient des substances sans principe actif, sous dosées ou toxiques.

Un procédé pas tiré par les cheveux

Sensibilisé au problème de la contrefaçon, après avoir effectué pour des sociétés privées des analyses de médicaments prélevés sur des marchés au Pakistan et en Chine, le Dr Serge Rudaz de l’UNIGE eut l’idée de développer un appareil de contrôle-qualité low-cost. Les fabricants habituels de ce type d’appareils n’étant pas intéressés par l’idée, il soumet son projet au Professeur Claude Rohrbasser de l’école d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg (EIA-FR) rencontré lors d’un séminaire scientifique en septembre 2006.

C’est donc en collaboration avec l’EIA-FR que sera développé un nouvel appareil d’analyse peu coûteux, propre, robuste, fiable, facile d’entretien et adapté aux conditions tropicales basé sur la technique de l’électrophorèse capillaire. L'électrophorèse capillaire (EC) est une méthode qui permet la séparation, la détection et la quantification de composés inorganiques et organiques tels que les médicaments, les protéines, les acides aminés. La séparation des composés, au travers d’un capillaire, est performante et rapide.

Un appareil adapté aux conditions d’utilisation des pays en voie de développement

Courant 2008, et après la réalisation de plusieurs prototypes, la version actuelle de l’ECBudget a été mise au point (ECB2). Tout le travail de développement de l’ECB a consisté à simplifier et à supprimer les éléments non strictement indispensables pour les usages visés afin de pouvoir offrir un appareil coûtant moins de 10 000 francs suisses (soit environ 8 300 euros). De plus, la maintenance technique a été simplifiée, les pièces de rechange sont peu onéreuses et les quantités de solvants utilisés très faibles (un millionième de litre par analyse), limitant ainsi son impact sur l’environnement et son coût de fonctionnement.

Et ça marche !

De mai à octobre 2009, une étudiante du Tecnologico de Monterrey (Mexique) a réalisé son travail de doctorat, en Suisse, sur le thème du développement de méthodes d’analyses fiables des médicaments contre la malaria, le Sida et les infections bactériennes*. Une attention particulière a alors été portée à la robustesse de l’appareil en vue de son envoi sur le terrain et au développement de procédures d’analyses simplifiées pouvant être réalisées avec succès par des techniciens de laboratoires. Les résultats obtenus avec la dernière version de l’appareil dépassent les prévisions. Les mesures obtenues sont comparables à celles réalisées avec des appareils déjà présents dans le commerce. L’association Pharmelp a alors été créée afin de coordonner et d’organiser le développement de ce dispositif dans les pays émergents. L’objectif est de déterminer la composition des médicaments, posant actuellement le plus de problèmes et en vérifier le contenu. Pour ce faire Pharmelp participe à : la mise à disposition (sous forme de prêt) d’un appareil d’électrophorèse capillaire (ECB2), la formation, sur place, du personnel à cette nouvelle technique analytique et le transfert de connaissances sur les méthodes d’analyses développées et validées en Suisse Actuellement, trois programmes ont été déployés (Mali, Cambodge, Sénégal), deux projets sont en voie de finalisation (Burkina,  Congo) et un projet est en cours d'élaboration (Côte d’Ivoire).

 

* Ce travail a été co-dirigé par les professeurs Claude Rohrbasser et Pascal Bonnabry et le docteur le Dr Serge Rudaz.


Professeur Pascal Bonnabry

Pharmacien chef de la pharmacie des hôpitaux universitaires de Genève (HUG), au nom de l’association Pharmelp


--------------------

Article collecté sur le site : http://www.jim.fr/

 

Edité le 30 juin 2012 par :

Evy - signature animée Titi

Publié dans Articles collectés

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article