Les troubles digestifs dans la fibromyalgie - Professeur Bruno BONAZ

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

Gastroentérologue et neuro-physiologiste au département Hépato-Gastroentérologie du CHU de Grenoble, le Professeur Bonaz conduit des recherches sur les effets du stress sur le cerveau et ses incidences sur le tube digestif.


Rappel sur les spécificités de la fibromyalgie :

 Syndrome caractérisé par des douleurs diffuses, chroniques et non expliquées, associées très fréquemment à des troubles du sommeil, à une fatigue et une fatigabilité musculaire, et à d’autres manifestations fonctionnelles diverses. L’examen général est normal en dehors des points douloureux à la palpation. Sur le plan épidémiologique : la fibromyalgie touche plus de 2 % de la population générale, avec une prévalence pour les femmes (3,4 %) par rapport aux hommes (0,5 %). Elle représente 2 à 5 % des consultations de médecine générale et10 à 25 % des consultations de rhumatologie (au 2ème rang après l’arthrose). On a pu noter une certaine prévalence familiale, mais sans mettre en évidence un gêne de susceptibilité ; en l’état actuel des connaissances, la fibromyalgie n’est pas considérée comme une maladie génétique.


Les causes de la fibromyalgie :

Elles sont encore inconnues aujourd’hui ; il existe des facteurs déclenchants : traumatisme physique, psychique, situation prolongée de stress.

On retrouve des signes associés presque constants :

- raideur matinale assez prolongée

- troubles du sommeil (non réparateur)

- fatigue générale, surtout matinale

- fatigabilité musculaire pour le moindre effort, le maintien d’une attitude, le stress

La fibromyalgie est invalidante : le patient la ressent comme une affection plus sérieuse que d’autres maladies chroniques. Le retentissement émotionnel et psychologique est également plus marqué.

Si l’on compare la fibromyalgie à la polyarthrite rhumatoïde, on constate :

- un niveau de douleur équivalent

- mais une dégradation de la qualité de vie plus importante dans la fibromyalgie


La recherche

Aujourd’hui s’oriente vers une origine centrale de la fibromyalgie :

1 – mise en évidence d’une diminution générale du seuil douloureux : 2 à 3 fois plus bas que la population générale

2 – à tout type de stimuli : mécanique, thermique, électrique : il existe un trouble de la modulation centrale de la douleur.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer l’origine de cette dysfonction :

- le défaut se situe à la périphérie, au niveau des tendons, des muscles, des articulations

- ça se passe au niveau de la moelle épinière qui reçoit la douleur

- c’est peut être le cerveau qui ne marche pas bien

- c’est peut être les voies descendantes qui viennent du cerveau et qui vont moduler tout ce qui arrive à la moelle.

On perçoit ce qu’on ne devrait pas sentir.  On sait que l’inflammation chronique peut favoriser la douleur dans la fibromyalgie. Elle va sensibiliser les afférences qui viennent du tube digestif, des tendons, des articulations, des muscles ; il va y avoir modification de la morphologie des cellules nerveuses qui vont alors éprouver la moelle épinière et augmenter les impulsions nerveuses. La moelle ne va plus jouer son rôle de filtre de la douleur.


Les troubles fonctionnels digestifs :

 Ce sont des troubles sans anomalies structurales : il n’y a pas d’inflammation, pas de cancer. Ils représentent 30 à 50 % des consultations de spécialité, et représentent un coût de santé publique important.

Le trouble fonctionnel le plus fréquent est le syndrome de l’intestin irritable (SII), autrefois appelé colopathie, avec une prévalence de 22 %, et une prédominance féminine (2/3).

Ce syndrome se caractérise par des douleurs abdominales qui en sont le principal symptôme.

Comme pour la fibromyalgie, des critères objectifs ont été établis pour qualifier un syndrome de l’intestin irritable :

1 – des douleurs abdominales ou un inconfort abdominal pendant au moins 12 semaines au cours des 12 derniers mois.

2 – associées à au moins 2 des 3 facteurs suivants : soulagement des douleurs par la selle, modification de la fréquence des selles, modification de la consistance des selles.

3 – en l’absence de toute anomalie structurale ou métabolique.

Dans le syndrome de l’intestin irritable, on a mis en évidence une hyper sensibilité viscérale à tous les niveaux du tube digestif.

On s’interroge sur la nature de l’anomalie primitive :

¿ Mise en cause de la sensibilité des afférences primaires, celles qui conduisent l’information ? On retrouve le rôle de l’inflammation/infection qui va sensibiliser les afférences

¿ Mise en cause du rôle de modulateur du système nerveux central ?

- anomalies dans le filtrage des stimuli douloureux par la moelle épinière

- sécrétion anormale de CRF (facteur neuromédiateur du stress) par le noyau hypothalamus dans le cerveau, dépression, anxiété, abus sexuels

¿ Mise en cause du rôle des voies excitatrices ou inhibitrices de la douleur ? En principe tout ce qui arrive au niveau de la moelle est filtré par elle ; ces voies descendent du cerveau vers la moelle pour moduler son action : bloquer un message douloureux ou le laisser passer.

On a démontré le rôle aggravant du stress suite à des évènements douloureux, qui provoque soit l’apparition, soit l’exacerbation des symptômes. Il existe une corrélation chronologique entre le stress et l’apparition des symptômes.


Quelle relation entre fibromyalgie et syndrome de l’intestin irritable ?

On retrouve très fréquemment des troubles digestifs dans la fibromyalgie. Les patients avec fibromyalgie présentent un tableau d’intestin irritable dans 48 % des cas en moyenne, et 33 % des patients atteints du syndrome de l’intestin irritable ont aussi une fibromyalgie.

Dans une étude regroupant des personnes atteintes de fibromyalgie, des personnes atteintes d’arthrose, et une population témoin, 64 % des patients avec fibromyalgie rapportent un effet du stress sur leur tube digestif, contre 39 % des arthrosiques et 48 % des témoins. Dans cette même étude, 60 % des patients avec fibromyalgie présentaient des anomalies digestives similaires à celles observées dans le SII, contre 13 % dans le groupe arthrosique et aucun dans le groupe témoin.

Résultats d’une étude menée en 2000 sur 75 patients avec syndrome de l’intestin irritable : 50 patients avec un syndrome de l’intestin irritable isolé, 25 patients avec un syndrome de l’intestin irritable et une fibromyalgie : on a constaté que l’index de sévérité des troubles fonctionnels intestinaux était plus élevé chez les patients syndrome de l’intestin irritable + fibromyalgie.

Il existe une association significative entre la présence d’une fibromyalgie et la sévérité des troubles : la coexistence d’une fibromyalgie modifie profondément la perception douloureuse chez les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable.

On constate une co-morbidité entre ces deux affections, avec beaucoup de points communs. Les deux sous-groupes de patients ont des modifications significatives de leur perception douloureuse, avec une hyper vigilance aux stimulations douloureuses.

Ces altérations sont-elles la cause ou la conséquence ? Il semblerait qu’elles ne sont qu’un marqueur d’une anomalie de la régulation de la douleur. On n’a pas aujourd’hui d’explication sur la cause de ces anomalies, seulement des hypothèses.

Il existe des  points communs entre fibromyalgie et syndrome de l’intestin irritable :

- ils sont plus fréquents chez la femme

- ils sont déclenchés ou exacerbés par le stress

- ils sont associés à une fatigue chronique, des troubles du sommeil, de l’anxiété, de la dépression.


Quelle est l’influence du CRF (neuromédiateur du stress) dans la fibromyalgie ?

Une étude récente le place au centre de la fibromyalgie. A la suite d’un stress, il y a hyper sécrétion de ce CRF dans le noyau hypothalamus du cerveau, ce qui va entraîner des dérèglements multi-hormonaux


Le protocole d’étude mis en place en gastroentérologie au CHU de Grenoble :

 C’est dans ce contexte que le CHU de Grenoble a réalisé une étude IRMf (Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle) chez des patients fibromyalgiques avec un syndrome de l’intestin irritable, pour caractériser leur activation neuronale cérébrale au cours d’une distension rectale par ballonnet, et rechercher des anomalies d’activations cérébrales fonctionnelles. Cette étude conduite sur 11 patientes a mis en évidence des anomalies d’activation neuronale, qui peuvent être un marqueur d’un mauvais traitement du message douloureux. La finalité bien entendu est de mieux comprendre les mécanismes du traitement de la douleur chez les patients avec fibromyalgie et pouvoir proposer à terme des applications thérapeutiques.

Il ne faut bien sûr surtout pas en conclure que c’est psychologique, que ça se passe dans la tête. Le cerveau est effectivement en cause, mais il faut dire qu’on est en présence d’un trouble de la sensibilité, de l’intégration de la douleur.

 

Copyright © 2010 Association des Fibromyalgiques Espoir

Publié dans Articles collectés

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
On parle de colon irritable , quand est-il du tube digestif ? Pcque ça fait qque fois que je me réveille en grande sueur, pas bien du tout ,après avoir été aux toilettes ,tout redevient normal comme si la tempête était terminée sauf que, je me retrouve avec un tube digestif irrité pendant qques jres (2-3).
Franchement j'en ai marre pcque cette abondance de sueur me fait croire à un malaise cardiaque et pas besoin de vous dire que je me sens 2 fois plus mal.
Répondre
D


et oui cela rentre dans les complication des fibromyalgiques , mais rien ne soulage


 



Répondre
L
Le seul soulagement est la chaleur, le repos et le moment présent :)Enfin que moi j'ai comme solution ;)