Sommes-nous tous classés fous ?

Publié le par Entraide Fibromyalgie Ouest

GTN1467

 

 

Publié par la puissante Association américaine de psychiatrie, le DSM est l'outil psychiatrique le plus utilisé dans le monde. Sa dernière édition accumule les erreurs grossières et les confusions. Des psychiatres, des rédacteurs des manuels précédents, des psychanalystes mettent en garde contre sa publication, qui aboutira selon eux à des erreurs de diagnostic, mais surtout à un recours dangereux et excessif aux médicaments.


Hélène Fresnel


Je ne comprends pas. Dans les publicités à la télé, ils disent que, grâce à cet antidépresseur, les gens vont mieux ! » s’exclame une mère désespérée dans Effets secondaires, le dernier film de Steven Soderbergh. Le réalisateur y décrit une Amérique perfusée aux psychotropes, dans laquelle des cadres supérieurs hallucinés gobent, comme des sucreries, des anxiolytiques fabriqués, marketés et vendus par des firmes spéculant sur leur rentabilité. Le héros, psychiatre, fait avaler un bêtabloquant à sa compagne, stressée par un entretien d’embauche en lui expliquant : « Ça ne fait pas de toi quelqu’un d’autre. Ça t’aide à être toi-même ! » La fiction reflète-t-elle la réalité ? Les bases de la psychanalyse et de la psychothérapie auraient-elles été avalées et digérées avec succès par l’industrie pharmaceutique ? Oui, hélas ! répondent des intellectuels, des psychiatres américains et européens. La faute à qui ? Au DSM, répondent-ils, alias le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 

Un menu de symptômes

LE DSM-5 , QU'EST-CE QUE C'EST ?

Le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM) est le manuel de référence de la sphère psy mondiale. Sa première édition a été mise au point en 1952 par l’Association américaine de psychiatrie. Au départ, l’objectif était de permettre à tous les psychiatres et chercheurs de s’accorder sur les diagnostics. Elle a tenté de mettre de côté les théories et de s’en tenir uniquement aux symptômes. Autrement dit, de ne pas se pencher sur les causes et de noter simplement que tel facteur correspond à telle pathologie. Depuis, les éditions se sont enchaînées, et le DSM prétend aujourd’hui recenser l’ensemble des troubles psychiatriques existants.


À quoi ressemble donc l’objet ?

 

« À un menu de restaurant chinois », ironise le psychiatre et psychothérapeute américain Irvin Yalom. Pas faux : il ne s’agit de rien d’autre qu’une liste de « troubles » définis par des symptômes et numérotés, afin que les médecins et fonctionnaires des systèmes de santé puissent entrer des codes dans des logiciels administratifs. Vous reprendrez bien un peu de « trouble douloureux », ou plutôt de F45.4 ? Un dictionnaire brut dont la cinquième édition est sortie le 22 mai aux États-Unis et est attendue prochainement en France. « C’est un outil précieux, soutient quant à lui le psychiatre Antoine Pelissolo, qui a participé à la traduction en français de la quatrième édition. Il nous permet à nous, chercheurs et cliniciens, de parler une langue internationale commune, particulièrement dans le domaine des études. Nous pouvons nommer, identifier les sujets sur lesquels nous travaillons, en discuter, échanger entre scientifiques issus de différents pays, cultures ; et, bien sûr, solliciter des budgets, des financements pour nos travaux. »  

Une catastrophe

Cette nouvelle version est une catastrophe, assurent des rédacteurs des éditions antérieures et des psychiatres renommés, comme le professeur américain Allen J. Frances, qui avait supervisé le quatrième opus. Un avis partagé par Mikkel Borch- Jacobsen, philosophe et historien de la psychiatrie : « Dans sa première version, le DSM ne recensait que cent six troubles mentaux. Dans sa troisième édition, à partir de laquelle tout a commencé à déraper et qui rejette définitivement toute référence psychanalytique, le nombre est passé à deux cent soixante-cinq. Et depuis, c’est l’inflation. Certains qui n’existent pas ont été créés en s’appuyant uniquement sur des constellations de symptômes.

 

Mais, dans le domaine des maladies mentales, ces derniers ne cessent de se croiser et sont souvent voisins d’une pathologie à l’autre. Les laboratoires se sont infiltrés dans les groupes d’experts de l’Association américaine de psychiatrie (APA), qui publie le manuel, leur suggérant de nouveaux troubles destinés à écouler les psychotropes qu’ils souhaitent mettre en vente sur le marché. »


Dans ses dernières parutions, le DSM a donc ajouté à sa nomenclature des émotions comme la colère, le stress ou le chagrin. Que se passe-t-il si les états émotionnels sont diagnostiqués comme troubles psychiatriques ? Les médecins prescrivent des médicaments fabriqués pour enrayer chimiquement la souffrance de leurs patients. Vous avez un problème ? La chimie sera la solution ! « L’année dernière, environ 20 % des Français ont utilisé des psychotropes », rappelle le psychiatre et psychanalyste Patrick Landman.


Jusqu’où ira l’absurdité ? 

 

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Edité le 24 juin 2013 par,

 

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